Le cercle très fermé des sociétés dont la capitalisation boursière dépasse les 1 000 milliards de dollars s’est enrichi de deux nouveaux membres en l’espace de quelques jours. Le sud-coréen SK Hynix et l'américain Micron ont tous deux franchi ce seuil symbolique fin mai 2026, une première pour des entreprises exclusivement spécialisées dans les puces mémoire.

SK Hynix a atteint cette valorisation le 27 mai, après avoir grimpé de 11 % en une seule séance. Le titre de son concurrent Micron, qui a déjà été multiplié par plus de six sur un an, a également dépassé la barre des 1 000 milliards dans la même période. Ils rejoignent ainsi Samsung Electronics, autre géant coréen des semi-conducteurs, qui était entré dans ce club au début du mois. Selon les données de l'institut Counterpoint, SK Hynix détenait au quatrième trimestre 2025 une part de 57 % du marché de la mémoire à large bande passante (HBM), un composant essentiel pour accélérer les calculs des processeurs d'intelligence artificielle.

Une demande insatiable tirée par l'IA

L'envolée des valorisations s'explique avant tout par l'appétit des opérateurs de centres de données, qui multiplient les commandes de puces mémoire pour équiper leurs infrastructures dédiées à l'intelligence artificielle. Ces composants permettent d'alimenter en données les processeurs sans créer de goulots d'étranglement, tout en réduisant la consommation énergétique. Les HBM, fabriqués par SK Hynix et Micron, sont devenus un maillon stratégique de la chaîne d'approvisionnement des géants comme Nvidia, dont les ventes ont atteint un record de 81,6 milliards de dollars au premier trimestre 2026.

Christopher Moore, vice-président marketing de Micron, a décrit une situation de tension extrême sur le marché : « avec la construction de tous ces data centers IA, la taille du marché est en croissance de 60 % et l'industrie n'arrive pas à répondre à cette demande ». Selon lui, il faudra attendre au moins jusqu'en 2028 pour que le marché de la mémoire vive (DRAM) retrouve un équilibre.

Des perspectives financières et des répercussions sectorielles

Dans une note publiée fin mai, la banque UBS a estimé que le cours de l'action Micron pourrait encore doubler dans les douze prochains mois. De leur côté, les places boursières sud-coréennes ont profité de cette dynamique : la Bourse de Séoul est devenue la septième plus grande place financière mondiale, dopée par les gains de SK Hynix et de Samsung, qui ont respectivement pris plus de 250 % et 150 % depuis le début de l'année.

Mais la pénurie de puces mémoire ne se limite pas au secteur des data centers. Le cabinet Gartner prévoit que la hausse des prix des composants — estimée à 130 % pour la DRAM et les SSD d'ici fin 2026 — aura des effets en cascade sur le marché grand public. Les livraisons d'ordinateurs portables pourraient ainsi reculer de 10,4 % sur un an, et celles de smartphones de 8,4 %, selon les projections de l'institut.

Vers une intégration verticale chez les clients de l'IA

Face à la dépendance croissante envers quelques fournisseurs de puces, plusieurs acteurs majeurs de l'intelligence artificielle explorent des stratégies d'intégration verticale. Anthropic étudie la possibilité de concevoir ses propres puces, suivant les pas de Meta et d'OpenAI, qui ont déjà lancé des initiatives en ce sens. Cette tendance, si elle se concrétise, pourrait à terme modifier les équilibres du marché des semi-conducteurs, en réduisant la concentration des commandes sur Nvidia, SK Hynix et Micron.

Pour l'heure, ces derniers restent les grands bénéficiaires de la révolution de l'IA, comme en témoigne leur entrée dans le club très sélect des 1 000 milliards de dollars de capitalisation.