Une large majorité de Français souhaite la mise en place d’une cour disciplinaire destinée à juger les magistrats ayant commis des fautes dans l’exercice de leurs fonctions. Un sondage réalisé en ligne les 9 et 10 juin auprès d’un échantillon représentatif de 1 010 personnes âgées de 18 ans et plus indique que 75 % des répondants approuvent cette idée. Cette instance serait composée de citoyens tirés au sort, siégeant aux côtés de magistrats professionnels, et aurait pour mission de prononcer d’éventuelles sanctions.

Un large soutien dans toutes les catégories L’adhésion à ce projet varie selon les données sociodémographiques. Les femmes y sont plus favorables (79 %) que les hommes (70 %). L’âge joue également un rôle : 96 % des 18-24 ans soutiennent l’initiative, contre 83 % des 25-34 ans, 75 % des 35-49 ans et 65 % des 65 ans et plus. Du côté des catégories socioprofessionnelles, les personnes les moins favorisées (CSP-) se montrent les plus enthousiastes (82 %), devant les inactifs (74 %) et les CSP+ (68 %).

Un clivage politique net Les sensibilités politiques révèlent des écarts notables. Les sympathisants du Rassemblement national sont les plus nombreux à approuver la cour, à hauteur de 95 %. Viennent ensuite les proches des Républicains, avec 86 % de soutien. Cette proposition a d’ailleurs été formulée par Bruno Retailleau, président de ce parti et candidat à l’élection présidentielle, en réaction aux dysfonctionnements judiciaires mis en lumière dans l’affaire du meurtre de Lyhanna, une enfant de 11 ans.

Du côté des partisans de la majorité présidentielle, 63 % se disent favorables. À gauche, l’appui est également majoritaire : 64 % des électeurs de La France insoumise, 61 % de ceux des Écologistes et 54 % des proches du Parti socialiste se prononcent pour la création de cette instance.

Des réactions politiques après le drame L’enquête intervient dans un contexte marqué par l’émoi suscité par la mort de Lyhanna, qui a mis en évidence des dysfonctionnements dans le traitement judiciaire de l’affaire. Lundi dernier, le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, a réuni les procureurs généraux à la Chancellerie et leur a demandé de réexaminer d’ici au 14 juillet « l’intégralité des plaintes qui touchent les enfants », soit environ 70 000 plaintes.

Le Premier ministre, Sébastien Lecornu, a proposé à l’issue d’une réunion de crise avec plusieurs ministres de renforcer les peines pour les violeurs en série sur mineurs, qui pourraient désormais encourir la réclusion à perpétuité au lieu de vingt ans actuellement. Il a également suggéré que les actes d’enquête concernant les crimes contre les enfants soient effectués « dans un délai maximal de trois mois ».

Mercredi, en Conseil des ministres, le président de la République, Emmanuel Macron, a reconnu « des dysfonctionnements manifestes » dans l’affaire Lyhanna, estimant qu’elle posait « la confiance en nos institutions ». Tout en exprimant « l’émotion de la Nation » et « l’affection et la solidarité avec la famille », il a jugé que « le respect, le soutien et la décence devraient l’emporter ». « On ne répond pas à un drame par des cris. La précipitation et la démagogie sont des réponses qui ne sont pas à la hauteur », a-t-il ajouté, selon les propos rapportés par la porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon.

Une proposition qui divise le monde judiciaire Si l’opinion publique semble largement acquise à l’idée d’une cour disciplinaire, des voix s’élèvent dans la magistrature pour dénoncer ce qu’elles perçoivent comme une « vindicte populaire ». Au tribunal d’Auch, où les personnels affirment avoir reçu 10 000 plaintes en 2025 pour seulement trois magistrats du parquet, la pression est particulièrement forte. Le débat sur la responsabilité des juges et l’équilibre entre contrôle citoyen et indépendance de la justice reste vif.