Une équipe internationale de scientifiques, dont plusieurs membres de l’université de Durham (Royaume-Uni), vient de mettre au jour une immense organisation géologique dissimulée sous la calotte glaciaire de l’Antarctique oriental. Les résultats de leurs travaux, parus le 3 juin 2026 dans la revue Nature Geoscience, décrivent un ensemble cohérent de bassins s’étendant sous une couche de glace pouvant atteindre trois kilomètres d’épaisseur. L’agencement de ces dépressions souterraines évoque la forme d’un éventail déployé à l’échelle continentale.

Une structure unique issue d’une tectonique de rotation

Cette formation, désignée sous le nom de « province des bassins en éventail », rassemble des entités déjà repérées antérieurement, telles que les bassins de Wilkes et d’Aurora, ainsi que la dépression abritant le lac Vostok, le plus grand lac sous-glaciaire connu de la planète. Jusqu’à présent, ces éléments étaient étudiés de façon isolée. Les chercheurs montrent pour la première fois qu’ils constituent les fragments d’un même édifice. Le mécanisme à l’origine de cette architecture serait un processus baptisé « extension rotationnelle distribuée », un étirement progressif de la croûte terrestre à partir d’un point central. Les scientifiques le comparent à l’écartement des doigts d’une main, qui génère des bassins de forme triangulaire.

Conséquences pour la dynamique glaciaire

Au-delà de son intérêt pour la reconstitution de l’histoire tectonique de la région, cette découverte revêt une importance actuelle. Le relief enfoui sous la glace influe en effet sur le déplacement de la calotte glaciaire. En modifiant les flux de glace, la structure en éventail pourrait jouer un rôle dans la stabilité de l’inlandsis est-antarctique. Les auteurs estiment que la province s’est formée au fil de plusieurs phases tectoniques, bien avant l’éclatement du supercontinent Gondwana. Il s’agirait de l’un des plus vastes exemples jamais documentés de déformation crustale de ce type.