Aux abords de la station de métro Stalingrad, dans le nord-est de Paris, plusieurs centaines de personnes exilées vivent sous des tentes de fortune. Ce campement, installé sur les terre-pleins et les trottoirs, est devenu un point de rassemblement pour des migrants originaires principalement d’Afrique subsaharienne. La plupart de ces hommes, et quelques femmes, ont fui des conflits ou des persécutions et espèrent obtenir une protection en France.

Un quotidien rythmé par l’attente

Chaque matin, les occupants du campement se regroupent autour de distributions de nourriture organisées par des associations. Les files d’attente s’allongent dès les premières heures. Beaucoup d’entre eux dorment à même le sol, protégés par de fines toiles de tente. L’accès à l’eau potable et aux sanitaires est très limité. Les interventions des forces de l’ordre sont fréquentes, mais les démantèlements ne font que déplacer le problème : les exilés reviennent s’installer quelques mètres plus loin ou reviennent après quelques jours.

Un sentiment d’abandon

Les témoignages recueillis sur place font état d’un profond découragement. Plusieurs exilés racontent avoir déposé une demande d’asile depuis plusieurs mois, voire plus d’un an, sans aucune réponse. D’autres, déboutés du droit d’asile, n’ont pas d’autre solution que de rester dans la rue. La lenteur des procédures administratives et le manque de places dans les centres d’hébergement sont cités comme les principales causes de cette situation. Un homme originaire d’Afrique de l’Ouest, qui a fui son pays en raison de violences, explique : « On essaie de survivre, mais on ne voit pas le bout du tunnel. Les autorités ne nous disent rien, on attend. »

Une situation qui perdure

Ce campement n’est pas un phénomène nouveau. Depuis plusieurs années, le secteur de Stalingrad est devenu un symbole de la précarité des exilés dans la capitale. Les associations qui viennent en aide à ces personnes dénoncent un « abandon d’État » et réclament une mise à l’abri immédiate et inconditionnelle. Elles soulignent que la majorité des personnes présentes relèvent de la procédure d’asile et devraient bénéficier d’un hébergement digne.

De son côté, la préfecture de police affirme multiplier les opérations de mise à l’abri, mais les capacités d’accueil sont saturées. Les centres d’hébergement d’urgence, déjà très sollicités, ne parviennent pas à absorber le flux continu de nouveaux arrivants. Les exilés, quant à eux, décrivent un cercle vicieux : à chaque démantèlement, ils perdent leurs maigres possessions et doivent tout recommencer.

L’hiver approche, l’inquiétude grandit

À l’approche de l’hiver, les conditions de vie deviennent encore plus dures. Le froid, l’humidité et le manque d’hygiène exposent les occupants à des maladies respiratoires et cutanées. Les bénévoles des associations s’inquiètent pour les plus fragiles, notamment les femmes enceintes et les enfants – bien que peu nombreux dans ce camp – qui sont particulièrement vulnérables. Un travailleur humanitaire présent sur place note que « la situation est explosive ». Il ajoute : « On fait ce qu’on peut avec les moyens du bord, mais ce n’est pas suffisant. Il faut une solution politique. »

Au-delà de la question humanitaire, ce campement interroge sur la capacité des pouvoirs publics à gérer les flux migratoires et à garantir un hébergement d’urgence pour tous. Alors que les températures chutent, l’urgence se fait chaque jour plus pressante pour les centaines d’exilés qui vivent sous les tentes, à quelques centaines de mètres du palais de justice.