Un sous-marin d'exception pensé pour la guerre froide

À la fin des années 1980, l'Union soviétique a mis au point un sous-marin nucléaire d'attaque d'un type nouveau, baptisé « Projet 685 Plavnik ». Ce bâtiment de 120 mètres de long pour dix mètres de haut était doté d'un réacteur nucléaire et de six tubes capables de tirer des torpilles ou des missiles équipés d'ogives atomiques. Sa caractéristique principale résidait dans sa capacité à plonger à plus de 1 000 mètres de profondeur, ce qui le rendait pratiquement indétectable. Avec cet engin, Moscou espérait rattraper son retard technologique et militaire face aux États-Unis.

Mis à l'eau en 1985, le sous-marin a officiellement reçu le nom de « Komsomolets » le 31 janvier 1989. Il était alors considéré comme l'une des armes les plus secrètes et les plus avancées de la marine soviétique.

Le drame du 7 avril 1989

Le 7 avril 1989, alors qu'il patrouille en mer de Norvège, un incendie se déclare dans le compartiment arrière numéro 7. Les flammes se propagent rapidement à travers les turbines et menacent le réacteur nucléaire, qui est immédiatement mis à l'arrêt. Le sous-marin parvient à faire surface, mais l'eau commence à s'infiltrer. Malgré la mise en œuvre d'une capsule de sauvetage, le bâtiment coule par 1 700 mètres de fond. Sur les 69 membres d'équipage, seuls 27 survivent, les autres ayant succombé à l'eau glaciale et à l'épuisement.

Des risques radioactifs longtemps redoutés

L'accident survient trois ans seulement après la catastrophe de Tchernobyl, ce qui alimente une crainte généralisée. « Il y a une très très grande peur, si c'est un sous-marin nucléaire, concernant l'état de son réacteur, la présence de torpilles », a rappelé Nicolas Dujuin, enseignant-chercheur en histoire russe et soviétique à l'université Paris 1, cité dans un documentaire.

Dans les années 1990, des missions de protection et de confinement des zones sensibles ont été menées. En 1994 et 1995, des opérations visant à colmater les ouvertures de l'épave ont été réalisées pour limiter les fuites.

Des relevés spectaculaires mais sans danger immédiat

Près de trente ans après le naufrage, une nouvelle expédition scientifique a inspecté l'épave. Les analyses ont révélé des niveaux de strontium 90 jusqu'à 400 000 fois supérieurs à la normale en certains points, et des concentrations de césium 137 jusqu'à 800 000 fois au-dessus des valeurs de référence. Ces chiffres, bien qu'élevés localement, ne présenteraient pas de risque pour l'environnement marin dans son ensemble, selon les conclusions des chercheurs.

Justin Gwynn, chercheur à l'Autorité norvégienne de sûreté nucléaire et radiologique, a précisé que « l'activité du plutonium était à peu près équivalente à celle utilisée dans la bombe nucléaire larguée sur Nagasaki », en référence aux ogives toujours présentes à bord.

Un héritage toujours sous surveillance

Le sort du Komsomolets continue de diviser. D'un côté, les autorités norvégiennes et russes assurent que les rejets radioactifs restent localisés et sans impact sur la faune ou la chaîne alimentaire. De l'autre, des experts et associations écologistes jugent que l'épave constitue une « bombe à retardement » radioactive aux portes de l'Europe. Des missions régulières de contrôle sont organisées pour surveiller l'état de la coque et prévenir toute rupture qui libérerait massivement les matières radioactives.

Le projet 685, qui devait incarner la puissance nucléaire soviétique, repose désormais par 1 700 mètres de fond, rappelant les limites de la technologie militaire face aux aléas du feu et de l'eau.