Le ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, avait qualifié la chroniqueuse Xenia Fedorova de « propagandiste patentée » et de relais de la désinformation orchestrée par la Russie. Quelques jours après cette prise de position, le soutien exprimé par deux figures majeures des médias français à l’égard de l’intéressée relance le débat sur la diffusion de contenus pro-Kremlin dans la presse nationale.
Selon des informations concordantes, Arnaud Lagardère, président du conseil de surveillance de Lagardère Média, et Gérald-Brice Viret, numéro deux du groupe M6, ont pris la défense de Xenia Fedorova, qui collabore au « Journal du dimanche » (JDD). Ils estiment que les critiques formulées à son encontre sont infondées et que la liberté éditoriale doit prévaloir. Cette position contraste avec les accusations portées par le chef de la diplomatie française, qui voit en elle un instrument de la désinformation russe.
Xenia Fedorova, d’origine russo-ukrainienne, est régulièrement mise en cause pour ses prises de position favorables au Kremlin. Ses articles dans le JDD suscitent des controverses récurrentes, certains observateurs lui reprochant de relayer des éléments de langage diffusés par Moscou dans le cadre de la guerre en Ukraine. Le ministre des Affaires étrangères avait dénoncé le 29 mai dernier son « activisme pro-russe » et appelé les médias à faire preuve de vigilance face à ce qu’il considère comme une ingérence informationnelle.
Un soutien qui interroge
La décision d’Arnaud Lagardère et de Gérald-Brice Viret d’afficher leur soutien à la chroniqueuse a surpris dans les milieux médiatiques. Le JDD, propriété du groupe Lagardère, est en effet l’un des titres où Fedorova exerce sa plume. En prenant sa défense, les deux dirigeants envoient un signal fort quant à leur volonté de ne pas céder aux pressions politiques. Ils affirment que la chroniqueuse ne fait qu’exercer son métier de journaliste et que ses écrits relèvent de la liberté d’expression.
Cette position a suscité des réactions contrastées. Certains saluent le courage de ne pas plier face au pouvoir exécutif, tandis que d’autres dénoncent une complicité avec des thèses complotistes et pro-russes. Les critiques pointent notamment le fait que Xenia Fedorova a été accusée à plusieurs reprises de propager des informations non vérifiées et de reprendre des narratifs favorables à Vladimir Poutine.
Un contexte tendu
Cette affaire survient dans un climat de tension autour des ingérences étrangères dans les médias français. Plusieurs rapports parlementaires et travaux d’experts ont alerté sur les tentatives du Kremlin d’influencer l’opinion publique en Europe via des relais médiatiques. La France n’est pas épargnée, et le gouvernement multiplie les mises en garde.
Jean-Noël Barrot avait explicitement mis en garde contre le « travail de sape » mené par certains médias sous influence pro-russe, sans toutefois désigner directement le JDD. Ses déclarations visaient plus largement les vecteurs de propagande, mais la mention de Xenia Fedorova a cristallisé l’attention.
Quelles conséquences pour le JDD ?
Le JDD est désormais sous les projecteurs. Le soutien affiché par sa direction pourrait compliquer les relations du titre avec les autorités et avec une partie de son lectorat. Certains journalistes du JDD auraient exprimé leur malaise face à cette polémique, qui éclabousse la rédaction.
Interrogés, ni Arnaud Lagardère ni Gérald-Brice Viret n’ont souhaité commenter plus avant. Du côté du ministère des Affaires étrangères, on rappelle que la liberté de la presse ne saurait justifier la diffusion de désinformation et que chaque média doit assumer ses choix éditoriaux.
L’affaire Fedorova n’est pas close. Elle illustre les difficultés à concilier liberté d’expression, pluralisme et lutte contre les manipulations informationnelles venues de l’étranger.