Les dernières séances boursières mettent en lumière une rotation sectorielle marquée, où les valeurs liées à l'espace, à la défense et à l'intelligence artificielle captent l'attention des investisseurs. L'expression « Space is the limit » semble désormais trouver un écho concret sur les marchés, alors que les acteurs traditionnels cèdent du terrain aux industries de pointe.

L'envolée du spatial et de la défense

Plusieurs analystes soulignent que les entreprises du secteur aérospatial et de défense bénéficient d'un regain d'intérêt. Les tensions géopolitiques persistantes et les plans de relance européens en faveur de l'autonomie stratégique dopent les commandes et les perspectives de croissance. Les groupes spécialisés dans les lanceurs, les satellites et les systèmes de sécurité voient leurs valorisations grimper, portées par des budgets publics en hausse et des contrats commerciaux prometteurs.

Les semi-conducteurs, fer de lance européen

Parallèlement, l'Europe brille en Bourse grâce à ses champions des semi-conducteurs. Alors que la demande mondiale de puces électroniques reste soutenue, notamment pour l'IA et les véhicules électriques, les fabricants européens tirent leur épingle du jeu. Les investissements massifs annoncés dans le cadre du « European Chips Act » commencent à porter leurs fruits, attirant les capitaux vers des valeurs considérées comme stratégiques. Cette dynamique contraste avec le recul du produit intérieur brut français au premier trimestre, qui a déçu les économistes.

Intelligence artificielle : une demande « historique »

L'intelligence artificielle continue de catalyser les flux financiers. L'introduction en Bourse très attendue de la start-up Anthropic suscite un engouement considérable, certains experts évoquant une demande « historique » et une valorisation potentielle qui pourrait dépasser les mille milliards de dollars. Ce phénomène dépasse le seul cas d'Anthropic : l'ensemble du secteur technologique lié à l'IA profite d'une liquidité abondante, les investisseurs cherchant à prendre position sur ce qu'ils considèrent comme la prochaine révolution industrielle.

Performances contrastées des valeurs traditionnelles

En revanche, des secteurs plus classiques connaissent des trajectoires plus heurtées. Le groupe agroalimentaire LDC, spécialiste de la volaille, « fait mieux que résister » dans un environnement de consommation tendu, comme l'ont noté des gérants. Mais d'autres entreprises, notamment dans l'énergie ou l'automobile, doivent composer avec une inflation qui a accéléré en mai (2,4 % sur un an) et des pressions sur le pouvoir d'achat des ménages.

Un paysage boursier en recomposition

Les observateurs s'accordent sur un point : la Bourse vit une phase de recomposition rapide. La convergence entre spatial, défense et intelligence artificielle dessine un nouvel écosystème d'investissement. Les valeurs « new space » — celles qui développent des constellations de satellites, des services de données orbitales ou des technologies de lancement réutilisable — sont particulièrement scrutées. Couplées aux enjeux de souveraineté européenne et à la frénésie autour de l'IA, ces thématiques pourraient redessiner la hiérarchie des indices dans les mois à venir.

Pour les investisseurs, la question n'est plus tant de savoir si ces secteurs vont croître, mais à quel rythme et avec quelles sociétés leaders. Les prochaines séances permettront de jauger la solidité de ces nouvelles tendances.