Les premières projections de l'institut gfs.bern, diffusées peu après la fermeture des bureaux de vote, indiquent que 55 % des votants se sont prononcés contre l'initiative populaire dite « Pas de Suisse à 10 millions ! ». Celle-ci était portée par l'Union démocratique du centre (UDC), premier parti du pays, et visait à durcir les conditions d'entrée sur le territoire afin d'éviter que la population résidente permanente ne franchisse le seuil de 10 millions d'habitants d'ici à 2050.

Une victoire pour les opposants

La directrice de l'organisation patronale economiesuisse, Monika Rühl, a exprimé un « grand soulagement » à l'annonce de ces résultats, saluant une décision qu'elle juge importante pour le pays et pour ses relations avec l'Union européenne. L'initiative était combattue par le gouvernement fédéral, le Parlement, la majorité des partis politiques, ainsi que par les milieux économiques et syndicaux. Les autorités estimaient que le texte menaçait la prospérité, la cohésion sociale, la sécurité intérieure et la tradition humanitaire de la Confédération.

Un scrutin parallèle approuvé

Lors du même scrutin, les Suisses ont en revanche approuvé, à près de 53 % des voix, un projet gouvernemental visant à durcir les conditions d'accès au service civil, afin de renforcer la primauté du service militaire. Ce second vote confirme une tendance à la fermeté sur les questions de défense, sans pour autant basculer dans une politique migratoire radicale.

Le contexte démographique et politique

La Suisse compte actuellement 9,5 millions d'habitants, dont plus d'un quart sont de nationalité étrangère. Depuis l'entrée en vigueur de l'accord de libre circulation des personnes avec l'Union européenne en 2002, la population a augmenté d'environ 1,7 million de personnes. Si l'initiative avait été acceptée et que le seuil des 10 millions était dépassé, Berne aurait dû dénoncer cet accord dans un délai de deux ans, ce qui aurait également remis en cause d'autres accords bilatéraux portant sur l'asile et la sécurité.

Les partisans de l'initiative, menés par l'UDC, mettaient en avant la pression sur le logement, la hausse des loyers, la saturation du système de santé, l'engorgement des transports, la dégradation de l'enseignement ou encore l'augmentation de la criminalité. Leurs arguments ont toutefois été jugés insuffisants par une majorité d'électeurs, qui ont préféré ne pas remettre en cause les accords avec l'UE et préserver l'ouverture économique du pays.