Samedi soir au théâtre Darling Harbour de l’ICC, à Sydney, la tournée « La La Land in Concert » a failli tourner court. Le film oscarisé de Damien Chazelle était projeté sur écran géant tandis qu’un orchestre live en interprétait la partition, sous la direction du compositeur Justin Hurwitz, lui-même doublement récompensé aux Oscars pour la musique du film.

À l’issue de l’entracte – qui s’est prolongé une quarantaine de minutes –, le chef d’orchestre est apparu seul sur scène pour annoncer une mauvaise nouvelle aux spectateurs. Le claviériste de la formation était souffrant et incapable de jouer la seconde moitié du programme. Aucun remplaçant n’avait pu être trouvé dans l’urgence.

« Y a-t-il un pianiste dans la salle ? », a alors lancé Justin Hurwitz, reprenant presque mot pour mot la formule devenue célèbre dans le Vaudeville américain.

Un étudiant de 21 ans relève le défi

Parmi les 2 500 personnes présentes, Sterling Nasa, un étudiant universitaire âgé de 21 ans, a levé la main. Il s’est frayé un chemin jusqu’à la scène, s’est assis au clavier et a enchaîné les morceaux de la seconde partie du concert sans une faute de tempo ni de tonalité. Il a même improvisé un solo.

« C’est incroyable qu’un amateur ait eu la lecture à vue et les compétences techniques nécessaires pour réussir cela », a commenté un observateur, saluant le sang-froid du jeune homme.

Une vidéo de l’intervention, partagée sur les réseaux sociaux, montre Sterling Nasa traversant la salle pour rejoindre la scène, puis jouant aux côtés de l’orchestre. L’extrait, tourné depuis les gradins, est rapidement devenu viral.

Un précédent célèbre à Londres

Ce genre de sauvetage improvisé n’est pas tout à fait inédit dans le monde de la musique classique et des concerts avec orchestre. En 1974, lors des Proms, le baryton Thomas Allen s’était effondré en pleine exécution de Carmina Burana, tombant dans la section des violoncelles. Le chef André Previn avait alors choisi de poursuivre la représentation sans lui, plutôt que de l’interrompre.

L’épisode de Sydney a été qualifié par certains d’« équivalent musical d’attraper un home run » dans un stade de baseball, tant l’exploit technique et le sens de l’à‑propos sont rares.

Une tournée qui fait escale en une période mouvementée à Sydney

La représentation de samedi s’inscrivait dans une saison culturelle déjà agitée pour la ville. Le festival Vivid Sydney avait dû annuler quelques jours plus tôt l’intégralité de ses spectacles de drones, après que 83 engins se sont abîmés dans le port de Darling Harbour. L’incident du claviériste malade aurait pu ajouter une note discordante à cette série de déboires, mais l’initiative d’un spectateur anonyme a finalement transformé la soirée en moment mémorable.