Réaction unanime face à une proposition inattendue
Les grandes organisations syndicales britanniques ont opposé un refus catégorique à l’offre lancée par Nigel Farage, leader de Reform UK, qui les invitait à nouer des liens avec son parti. Dans une interview accordée au Times, M. Farage avait déclaré que sa porte était ouverte à toute organisation représentant les travailleurs, proposant aux syndicats d’assister à la conférence de son parti en septembre. Cette invitation était motivée par un sondage, également publié par le quotidien, indiquant que Nigel Farage serait le chef de parti le plus populaire parmi les syndiqués.
Des critiques acerbes des dirigeants syndicaux
Sharon Graham, secrétaire générale du syndicat Unite, a estimé que Reform UK n’avait apporté « absolument aucune preuve d’être un ami des travailleurs ». Elle a appelé le gouvernement travailliste à cesser d’hésiter et à devenir « la voix des travailleurs ». Andrea Egan, secrétaire générale d’Unison, a accusé Reform UK d’avoir « montré ce qu’il pense des travailleurs » en promettant d’abroger la loi sur les droits du travail (Employment Rights Act) adoptée l’an dernier. Elle a qualifié l’approche de Nigel Farage et de ses « riches copains » d’« arnaque », affirmant qu’ils ne s’intéressent aux syndicats que pour « l’argent froid et dur ». Un porte-parole du syndicat GMB a déclaré que « M. Farage et ses députés Reform disent une chose aux travailleurs et en font une autre », les qualifiant de « Tories réemballés après les droits fondamentaux des syndiqués ». Paul Nowak, secrétaire général du Trades Union Congress (TUC), a employé le terme de « mascarade » (« cosplaying ») pour décrire la posture de Reform UK comme défenseur des travailleurs, ajoutant que le parti est celui des « intérêts des entreprises ».
Reform UK et les droits des travailleurs
Les critiques syndicales se sont concentrées sur la position de Reform UK concernant la législation du travail. Le parti s’est engagé à abroger la loi sur les droits du travail (Employment Rights Act), entrée en vigueur l’année dernière, qui accorde aux salariés le droit à des indemnités de maladie dès le premier jour d’emploi et le droit de contester un licenciement abusif après six mois seulement. M. Farage, dans une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux, a admis qu’il existerait des « désaccords » entre les points de vue des dirigeants syndicaux et le sien, mais il a maintenu son invitation à discuter des politiques. Il a évoqué de possibles terrains d’entente, citant les « injustices historiques » liées au régime de retraite de British Steel, un dossier sur lequel son parti souhaiterait « aider à trouver une solution ».
Proximité historique entre syndicats et Labour
Cette tentative de rapprochement intervient dans un contexte de liens historiques et financiers étroits entre les syndicats et le Parti travailliste. Onze syndicats, représentant quatre millions de travailleurs, sont affiliés au Labour. Leurs membres peuvent voter lors des élections à la direction du parti et leurs représentants siègent au sein du comité exécutif national, l’instance décisionnaire. Les syndicats soutiennent financièrement le Labour via des cotisations, dont une partie est reversée au parti par le biais de fonds politiques, ainsi que par des dons dédiés. Selon les derniers chiffres publiés, le Labour a reçu 1,4 million de livres sterling de la part de sept syndicats différents au cours des trois premiers mois de l’année. Unison a versé 366 936 livres et Unite, pourtant très critique envers le gouvernement, a donné 392 544 livres.
Une tentative sans lendemain ?
L’offre de Nigel Farage a également suscité des réactions au sein même du Labour. Wes Streeting, qui a démissionné du poste de secrétaire à la Santé le mois dernier et a indiqué qu’il se porterait candidat à la direction du parti si une élection devait avoir lieu, a déclaré que « Farage a l’audace de voter systématiquement contre les droits des travailleurs, puis de prétendre qu’il est ouvert aux syndicats ». Cette fin de non-recevoir, unanime de la part des principaux syndicats et du TUC, semble enterrer pour l’instant tout rapprochement entre Reform UK et le mouvement syndical britannique.