Dans un contexte de tensions croissantes avec la Chine, Taïwan a mis en service une plateforme numérique visant à recruter des informateurs au sein même du territoire chinois. Le Bureau de la sécurité nationale (NSB) de l’île a conçu ce portail à l’attention des citoyens chinois « qui partagent les mêmes valeurs démocratiques », selon les termes employés par les autorités taïwanaises.

Une initiative inspirée des services occidentaux

Les services de renseignement taïwanais indiquent s’être inspirés des méthodes utilisées par les grandes puissances du renseignement, notamment celles « adoptées par des agences de renseignement aux États-Unis, au Royaume-Uni et en Israël ». Dans un communiqué, le NSB évoque « un climat généralisé de tension qui règne sous le régime totalitaire chinois » et affirme qu’un « nombre croissant » de citoyens chinois a déjà pris contact avec Taipei, « souhaitant fournir divers types d’informations ».

Pour attirer d’éventuelles sources, le site met en scène une vidéo générée par intelligence artificielle où un fonctionnaire chinois dépeint un système sous pression, ses collègues « disparaissant les uns après les autres ». Bien que la plateforme soit bloquée en Chine, les internautes peuvent y accéder via des réseaux privés virtuels (VPN), largement utilisés pour contourner la censure d’État.

Une riposte à des années d’infiltration chinoise

Cette offensive de renseignement intervient en réponse à une infiltration massive orchestrée par Pékin depuis plusieurs années. La Chine avait déjà établi en 2024 une adresse électronique destinée à recueillir des signalements concernant les « séparatistes » taïwanais. Selon les autorités de l’île, les poursuites pour espionnage liées à la Chine ont connu une augmentation spectaculaire : 16 cas en 2021, 48 en 2023, puis 64 en 2024. En 2025, plusieurs affaires ont éclaté jusque dans les cercles du pouvoir taïwanais, impliquant des assistants politiques, des fonctionnaires ou des membres de la sécurité présidentielle, accusés d’avoir transmis des documents classifiés à Pékin et de préparer des groupes armés destinés à appuyer une éventuelle invasion chinoise.

Une réaction qualifiée de « provocation politique »

La réaction de Pékin ne s’est pas fait attendre. Les autorités chinoises ont dénoncé cette plateforme comme une « pure provocation politique », estimant qu’elle constitue une tentative inacceptable de déstabilisation. Cette condamnation s’inscrit dans le cadre de la doctrine constante de Pékin, qui considère Taïwan comme une province chinoise et rejette toute forme d’activité qu’elle qualifie de séparatiste.

Un précédent dans la guerre du renseignement

Taïwan entend ainsi inverser le rapport de forces dans le domaine du renseignement, après avoir subi pendant des années les offensives de Pékin. En s’appuyant sur des citoyens chinois, Taipei cherche à obtenir des informations sensibles sur le régime chinois, dans un contexte où les deux rives du détroit intensifient leurs activités de collecte de renseignements. Les autorités taïwanaises espèrent que cette plateforme permettra d’attirer des informateurs potentiels, malgré les risques encourus et les obstacles techniques liés au blocage du site en Chine.