Un bond du marché illicite
Le recul des ventes de tabac dans les bureaux de tabac français, enregistré en 2025, ne reflète qu’une partie de la réalité. Une étude publiée récemment par le cabinet KPMG montre en effet que 41,4 % des cigarettes consommées sur le territoire proviennent de circuits parallèles (contrebande ou contrefaçon), soit plus de vingt milliards d'unités sur l'année. Ce chiffre, issu d'une analyse des flux et des habitudes de consommation, illustre une déconnexion croissante entre la baisse des achats légaux et la persistance d'une forte demande.
Des chiffres qui interrogent
Selon les travaux de KPMG, réalisés à partir de données de terrain et d'enquêtes, la consommation totale de cigarettes en France avoisine les cinquante milliards par an. Dans ce total, la part du marché parallèle atteint désormais un niveau record. Le phénomène touche particulièrement les régions frontalières, où les écarts de prix avec les pays voisins encouragent les achats hors réseau, mais aussi les ventes sur internet ou via des réseaux organisés.
Le contexte de la baisse légale
Ces révélations interviennent alors que les autorités sanitaires s'étaient félicitées d'une diminution historique des ventes déclarées chez les buralistes en 2025. Selon le baromètre de Santé publique France, environ 8,4 millions d'adultes âgés de 18 à 75 ans fument quotidiennement dans le pays. Le recul des ventes officielles, attribué à la hausse des prix et aux campagnes de prévention, pourrait ainsi être en partie neutralisé par le recours accru au marché illicite.
Des conséquences multiples
Cette évolution soulève plusieurs enjeux. Sur le plan sanitaire, les cigarettes de contrebande ou contrefaites échappent à tout contrôle de qualité, exposant les fumeurs à des substances potentiellement plus nocives. Sur le plan économique, l'essor de ce commerce parallèle prive l'État de recettes fiscales importantes et fragilise le réseau des buralistes, déjà affecté par la baisse de leurs ventes. Les autorités peinent à endiguer ces flux, malgré des opérations de répression douanière régulières.
Un phénomène qui s'aggrave
L'étude de KPMG confirme une tendance à la hausse du marché parallèle observée depuis plusieurs années. En 2020, la part illicite était estimée à environ 30 % ; elle a donc progressé de plus de dix points en cinq ans. Les experts pointent du doigt la politique de hausse continue des prix du tabac en France, qui rend le produit légal moins compétitif par rapport aux offres étrangères ou clandestines. Certains appellent à un rééquilibrage entre objectifs de santé publique et lutte contre la contrebande.
Un défi pour les politiques publiques
Face à cette situation, le gouvernement pourrait être amené à revoir sa stratégie. Si la diminution du tabagisme reste un objectif prioritaire, l'explosion du marché parallèle montre que les mesures actuelles poussent une partie des consommateurs vers des circuits non régulés. Des pistes comme le renforcement des contrôles aux frontières, la coopération avec les pays voisins ou encore l'adaptation de la fiscalité sont évoquées, sans consensus pour l'instant.
Une vigilance accrue nécessaire
Les données de KPMG, bien que contestées par certains représentants des buralistes qui les jugent surestimées, sont prises au sérieux par les autorités. Elles invitent à une lecture plus nuancée de l'évolution du tabagisme en France, où la baisse des ventes légales ne doit pas masquer la persistance d'une consommation massive, alimentée par des réseaux illicites en plein essor.