Les autorités américaines ont officialisé un plan de lutte contre un parasite vorace qui vient de refaire surface sur le sol américain après six décennies d'absence. Ce ver à chair, connu sous le nom de New World screwworm, a été détecté pour la première fois depuis 1966 dans un veau de trois semaines, dans la localité de La Pryor, au Texas, à environ 48 kilomètres de la frontière mexicaine.

La stratégie des services vétérinaires et de la santé publique repose principalement sur la technique de l'insecte stérile. Celle-ci consiste à élever des mouches en milieu confiné, à les exposer à des radiations pour les rendre stériles, puis à les relâcher dans la nature. Les femelles ne s'accouplent qu'une seule fois dans leur vie : si elles s'unissent à un mâle stérile, les œufs qu'elles pondent ne sont pas fécondés et n'éclosent pas, ce qui provoque l'effondrement de la population locale du parasite.

Selon la secrétaire à l'Agriculture, Brooke Rollins, depuis la découverte du veau infecté, quatre millions de mouches stériles ont été lâchées par voie terrestre, en complément des quatre millions d'insectes lâchés chaque semaine par avion depuis le mois de février dans la zone frontalière. Les autorités ont par ailleurs établi une « zone de contrôle » d'environ 20 kilomètres de rayon autour du foyer initial, où sont appliquées des mesures de quarantaine, de restriction des déplacements d'animaux et de surveillance renforcée.

Des capacités de production jugées insuffisantes

Les experts estiment toutefois que le nombre de mouches stériles actuellement disponible est trop faible pour enrayer la progression du parasite. Brooke Rollins a indiqué devant une commission de la Chambre des représentants qu'environ 400 millions de mouches stériles par semaine seraient nécessaires pour endiguer l'infestation. Or, les installations de production — situées au Panama — ne peuvent fabriquer qu'environ 100 millions d'insectes par semaine.

Pour combler ce déficit, le département de l'Agriculture américain (USDA) a annoncé un investissement de 21 millions de dollars afin de rénover et reconvertir une ancienne installation dédiée à la mouche des fruits à Metapa, au Mexique. Ce site devrait permettre de produire 60 à 100 millions de mouches stériles supplémentaires par semaine, avec une mise en service attendue au cours de l'été 2026. Par ailleurs, la construction d'une nouvelle usine sur l'ancienne base aérienne de Moore, à Edinburg, au Texas, a été accélérée. Ce bâtiment de 750 millions de dollars ne sera toutefois opérationnel qu'en novembre 2027.

Un parasite remonté du sud

Le ver à chair est une larve de mouche parasite qui pond ses œufs dans les plaies ouvertes ou les muqueuses des animaux à sang chaud et des humains. Les larves, en éclosant, creusent la chair vivante et peuvent tuer leur hôte si l'infestation n'est pas traitée. La menace pour les humains est jugée faible, mais les éleveurs de bovins redoutent un impact considérable sur les marchés de la viande.

L'élimination du screwworm aux États-Unis remonte à 1966, et la zone de lutte biologique avait été repoussée jusqu'au sud du Panama, grâce au lâcher de 500 à 700 millions de mouches stériles par semaine à travers l'Amérique centrale. Toutefois, à partir de 2022, le Panama a signalé une recrudescence des cas, suivie par plusieurs pays d'Amérique centrale. En 2024, le parasite a été détecté au Mexique, progressant vers le nord. Les Centres de contrôle et de prévention des maladies (CDC) font état d'au moins 2 070 cas humains de myiase à screwworm recensés au Mexique et en Amérique centrale depuis 2023.

Des critiques politiques et des mesures complémentaires

La réponse fédérale a suscité des critiques. Le commissaire texan à l'Agriculture, Sid Miller, a dénoncé une réaction « lente, bureaucratique et incomplète » qui, selon lui, a permis au parasite d'avancer sans entrave à travers le Mexique jusqu'au sol américain. Des voix démocrates ont également reproché à l'administration Trump la suppression de l'Agence américaine pour le développement international (USAID), qui gérait un programme de suivi du screwworm en Amérique centrale.

Brooke Rollins a pour sa part attribué la progression du parasite aux « politiques de frontière ouverte » et à la contrebande de bétail et d'animaux de compagnie pratiquée par les trafiquants de drogue, tout en jugeant la réponse du gouvernement mexicain « très insuffisante ».

Le dispositif de détection s'appuie également sur des chiens spécialisés, surnommés la « Beagle Brigade », capables de renifler les screwworms. Ces animaux sont déployés par les services douaniers et le département de l'Agriculture aux postes-frontières.

Les autorités recommandent aux éleveurs de soigner et couvrir les plaies de leur bétail, et invitent la population à inspecter les humains et les animaux de compagnie, ainsi qu'à signaler toute détection aux services compétents.

Une méthode éprouvée mais chronophage

La technique de l'insecte stérile a fait ses preuves dans les années 1950, lorsqu'elle a permis d'éliminer la mouche du ver à chair de l'île de Curaçao en seulement sept semaines, sauvant les troupeaux de chèvres locaux. Sally DeNotta, professeure associée de médecine vétérinaire à l'Université de Floride, qualifie cette méthode d'« exemple le plus éloquent de mécanisme de contrôle biologique totalement réussi ». Elle précise cependant qu'une seule femelle peut pondre des centaines à des milliers d'œufs à la fois et se déplacer facilement d'un hôte à l'autre, rendant « très peu probable que ce cas soit véritablement le seul ».