Les hostilités entre les États-Unis et l'Iran sont entrées dans leur sixième journée consécutive, sans signe d'apaisement. Lancée à la suite de l'effondrement du cessez-le-feu conclu en juin, cette nouvelle phase du conflit se caractérise par des frappes de plus en plus profondes à l'intérieur des territoires adverses, affectant directement les populations civiles.
Des infrastructures civiles prises pour cible
Dans la nuit de vendredi à samedi, l'armée américaine a bombardé des installations dans le sud de l'Iran. Les médias d'État iraniens ont rapporté que des ponts avaient été endommagés et qu'une usine de dessalement avait été touchée dans la province de Jask, privant d'eau potable environ 10 000 habitants, selon Abdolhamid Hamzepour, le responsable local de la compagnie des eaux. Le commandement militaire américain n'a pas répondu dans l'immédiat aux demandes d'éclaircissements.
En riposte, Téhéran a accentué ses tirs de roquettes et de drones contre les pays voisins abritant des forces américaines. Le gouvernement koweïtien a annoncé qu'une centrale électrique et de dessalement avait été touchée par un barrage iranien, provoquant un incendie. L'armée koweïtienne a également signalé que plusieurs de ses soldés avaient été blessés par des frappes de drones iraniens sur des installations militaires. Les sirènes d'alerte aérienne ont retenti à Bahreïn samedi matin, annonçant de nouvelles attaques iraniennes. De son côté, la Jordanie a indiqué avoir intercepté dix missiles balistiques iraniens au cours de la nuit, sans faire état de dégâts majeurs.
La question du détroit d'Ormuz au cœur du conflit
Le principal enjeu de ces combats demeure le contrôle du détroit d'Ormuz, voie maritime stratégique par laquelle transite environ 20 % du pétrole mondial. L'Iran en a bloqué l'accès après les premières frappes américano-israéliennes fin février, provoquant une flambée des prix de l'énergie. Le cessez-le-feu de juin prévoyait une réouverture du détroit, mais Téhéran a maintenu des attaques contre des navires commerciaux en invoquant des ambiguïtés dans le texte de l'accord.
Le président Donald Trump a multiplié les menaces de frapper des infrastructures civiles iraniennes, notamment des centrales électriques, afin de contraindre les dirigeants iraniens à accepter ses conditions. Cependant, ces menaces n'ont pas suffi à faire plier Téhéran. Les frappes américaines, qui visaient initialement des centres de commandement et des sites de défense aérienne, ont progressivement ciblé des ponts, des voies ferrées et des installations portuaires. Des experts en droit international avertissent que ces bombardements pourraient constituer des crimes de guerre, selon les circonstances et les intentions.
Un conflit qui s'enlise
Alors que M. Trump avait promis une guerre de quelques semaines seulement, le conflit entre désormais dans son cinquième mois. Les espoirs de voir le régime iranien s'effondrer sous les frappes ne se sont pas concrétisés. Au contraire, les dirigeants iraniens semblent renforcés par leur capacité à fermer le détroit d'Ormuz à tout moment. Le principal négociateur iranien, Mohammad Bagher Ghalibaf, a qualifié cette guerre d'« existentielle » pour son pays, tout en laissant la porte ouverte à des négociations. Dans un discours diffusé à la télévision d'État, il a déclaré : « Les négociations à ce stade ne sont pas une capitulation. Aux côtés de la guerre, elles font partie de la stratégie de résistance et de la protection de l'intérêt national. »
Du côté américain, la porte-parole de la Maison Blanche, Karoline Leavitt, a indiqué que Washington restait ouvert à des pourparlers, affirmant que l'Iran « continue de parler aux États-Unis et exprime son souhait de conclure un accord ». Ces signaux diplomatiques contrastent avec l'escalade militaire sur le terrain.
L'impact économique mondial
Le blocage du détroit d'Ormuz a des répercussions considérables sur l'économie mondiale. Les prix du pétrole ont bondi, atteignant leurs plus hauts niveaux en un mois. Le prix moyen du diesel aux États-Unis a dépassé les 5 dollars le gallon pour la première fois depuis juin, selon les données disponibles. Le trafic maritime dans le détroit s'est effondré : seuls 13 navires l'ont traversé mercredi, contre 21 la veille, d'après la société d'analyse maritime Kpler.
Dans ce contexte, la libération d'une double ressortissante américano-iranienne, Dena Karari, intervenue mercredi, a été interprétée comme un geste de bonne volonté de la part de Téhéran. M. Trump a salué cette décision, mais elle n'a pas modifié la dynamique des combats.
Des perspectives incertaines
Alors que les frappes se poursuivent pour un sixième jour, les analystes estiment que les États-Unis peinent à convertir leur puissance militaire en issue politique. L'administration Trump se trouve face à des choix difficiles : intensifier encore les bombardements, au risque de crimes de guerre et d'un enlisement durable, ou accepter une forme de contrôle iranien sur le détroit, ce qui contredirait les engagements présidentiels de le rouvrir totalement.
La guerre, qui a déjà fait des dizaines de morts civils côté iranien selon les autorités locales, semble devoir durer, avec des conséquences humanitaires, économiques et géopolitiques qui dépassent largement la région du Golfe.