Un juge fédéral américain a porté un nouveau coup aux politiques migratoires de l'administration Trump. Le magistrat John McConnell, basé à Providence, dans l'État du Rhode Island, a annulé le 5 juin un ensemble de restrictions visant l'immigration légale. Ces mesures, imposées par les services de citoyenneté et d'immigration (USCIS), avaient été adoptées après un attentat survenu en novembre à Washington, qui avait coûté la vie à une militaire de la Garde nationale.

Dans sa décision, le juge McConnell a relevé que depuis l'entrée en vigueur de ces restrictions, les ressortissants de 39 pays se sont vu systématiquement refuser des décisions finales sur leurs demandes d'asile, de permis de travail, de carte de résident permanent (carte verte) ou de naturalisation. « Plus de six mois après, beaucoup de ces personnes restent sans emploi ni statut légal et sans capacité significative à planifier leur avenir », a-t-il déploré. Il a reproché à l'USCIS d'invoquer des motifs de « sécurité nationale » qui constitueraient en réalité « des prétextes pour dissimuler des préjugés anti-immigrés ».

Propos jugés discriminatoires

Le magistrat a appuyé son argumentation sur des déclarations publiques de hauts responsables. Il a notamment cité un message publié en décembre par Kristi Noem, alors ministre de la Sécurité intérieure, dans lequel elle recommandait au président Trump « une interdiction d'entrée totale pour les ressortissants de chaque satané pays qui a inondé notre nation de meurtriers, de sangsues et d'accros aux aides sociales ». Cette recommandation avait été suivie d'effet : toute demande de carte verte ou de naturalisation avait été suspendue pour 19 des pays les plus pauvres du monde. Le juge a également évoqué des propos de Donald Trump, qui en décembre s'était interrogé : « Pourquoi ne pouvons-nous pas avoir des gens de Suède, de Norvège ? », tout en déclarant vouloir arrêter les migrants venant de « pays du tiers monde ».

Les restrictions annulées concernaient une liste de 39 pays, dits « à haut risque ». Douze d'entre eux (Afghanistan, Birmanie, Tchad, Congo, Guinée équatoriale, Érythrée, Haïti, Iran, Libye, Somalie, Soudan et Yémen) faisaient déjà l'objet d'une interdiction d'entrée sur le territoire depuis juin 2025. S'y ajoutaient sept autres (Burundi, Cuba, Laos, Sierra Leone, Togo, Turkménistan et Venezuela) frappés de restrictions de visas, ainsi que vingt autres nations.

Appel probable et réactions

L'administration Trump devrait faire appel de cette décision. James Percival, conseiller juridique du ministère de la Sécurité intérieure, a déjà qualifié le jugement de « sabotage sous habillage juridique » de l'action gouvernementale. De son côté, Skye Perryman, présidente de l'ONG Democracy Forward, a salué une décision qui « réaffirme un principe fondamental : le gouvernement fédéral ne peut pas bloquer les voies d'immigration légale ni établir de discrimination entre les gens en fonction de là d'où ils viennent ».

Cette invalidation intervient alors que Donald Trump, élu sur la promesse de lutter contre l'immigration illégale, qu'il qualifie d'« invasion », ne cache pas sa volonté de décourager l'immigration en provenance des pays en développement. Après l'attentat de novembre, l'administration avait gelé pendant plusieurs mois toute décision sur les demandes d'asile et réduit la durée des permis de travail. En mars, l'USCIS avait repris l'examen des demandes d'asile, mais en excluant toujours les 39 pays visés. Le jugement de John McConnell constitue donc un revers judiciaire de plus pour la politique migratoire du président américain.