Une demeure londonienne encombrée d’œuvres, un vieil artiste bougon et une jeune femme aux desseins secrets : Steven Soderbergh orchestre avec « The Christophers » un face-à-face tendu et savoureux entre deux générations que tout sépare. Le film, qui sort en salles ce mercredi 10 juin, s’inscrit dans la filmographie foisonnante d’un cinéaste qui, entre deux retraites annoncées, n’a cessé de surprendre.

Un peintre reclus et une assistante aux desseins troubles

L’intrigue se noue autour de Julian Sklar, une figure du pop art londonien désormais octogénaire, qui vit retiré au milieu de ses créations. Lori Butler, une restauratrice de tableaux âgée d’une trentaine d’années, se présente à son domicile pour occuper un poste d’assistante. En réalité, elle est mandatée par les enfants de Sklar, Sally et Barnaby, dans le but de compléter discrètement une série de huit toiles que leur père a toujours refusé de finir. Les héritiers espèrent ainsi faire monter la valeur de l’œuvre après la disparition du peintre.

La demeure elle-même devient un personnage essentiel, abritant les mystères de cette série de peintures intitulée « The Christophers ». Entre Lori, qui se découvre faussaire malgré elle, et Julian, un misanthrope acerbe traitant sa fille de « hyène » et son fils de « charognard », s’engage un dialogue vif et mordant. Les échanges portent sur la nature de l’art, la condition du créateur, la contrefaçon et la difficulté de retrouver les pinceaux après une longue absence, volontaire ou subie.

Un duo d’acteurs magistral

Le film repose sur l’alchimie de ses deux interprètes principaux. Ian McKellen, âgé de 87 ans, prête sa stature à Julian Sklar. Connu du grand public pour son rôle de Gandalf dans la trilogie « Le Seigneur des anneaux », le comédien britannique livre une partition tout en rugosité et en vulnérabilité. Face à lui, Michaela Coel, actrice et réalisatrice remarquée pour la série « I May Destroy You », incarne Lori Butler avec une intensité qui équilibre la rudesse du personnage principal.

Un parcours éclectique

Avec ce long métrage, Steven Soderbergh poursuit une carrière marquée par l’éclectisme. Lauréat de la Palme d’or en 1989 pour « Sexe, mensonges et vidéo », il a depuis navigué entre blockbusters hollywoodiens (« Ocean’s Eleven », « Erin Brockovich, seule contre tous ») et thrillers horrifiques (« Presence »). L’année précédente, il avait livré « The Insider », un thriller d’espionnage avec Cate Blanchett et Michael Fassbender, et présenté à Cannes le documentaire « John Lennon – The Last Interview », lors d’une séance spéciale du 79e Festival.

« The Christophers » s’annonce comme une nouvelle facette de son talent, une comédie dramatique où l’humour acide et la réflexion esthétique se conjuguent dans un huis clos captivant.