La plateforme de streaming musical Tidal a annoncé une mesure inédite dans le secteur : à compter du 15 juillet, les morceaux entièrement générés par intelligence artificielle ne pourront plus être monétisés. Cette décision, qui s'applique également au service Tidal Upload destiné aux artistes indépendants, marque un tournant dans la gestion des contenus synthétiques sur les services d'écoute en ligne.

Concrètement, chaque titre identifié comme 100% produit par IA se verra attribuer un badge « AI » visible par les auditeurs. La plateforme précise qu'elle déploiera des outils automatisés pour supprimer les contenus IA qui usurpent l'identité d'artistes ou de groupes existants. Toutefois, la politique ne prévoit pas de bannissement pur et simple des œuvres synthétiques : celles-ci resteront accessibles à l'écoute, mais sans permettre à leurs créateurs de percevoir des redevances ou de bénéficier de ventes directes aux fans.

Un cadre distinct de celui des concurrents

Cette initiative place Tidal en position d'avance sur ses rivaux en matière de régulation des contenus générés par intelligence artificielle. Tony Gervino, vice-président exécutif et rédacteur en chef de Tidal, a précisé que la démarche ne vise pas à « critiquer le progrès technologique », mais à protéger la « créativité organique » et les revenus qui y sont associés. Jusqu'à présent, les grandes plateformes du secteur avaient surtout misé sur la transparence, en étiquetant ou en signalant les œuvres synthétiques sans aller jusqu'à couper leur monétisation.

Un enjeu financier et artistique

Au-delà du simple affichage d'un badge, la mesure frappe au cœur du modèle économique : la dépossession financière des créateurs de contenus 100% artificiels. Cette décision intervient dans un contexte où l'industrie musicale s'interroge de plus en plus sur l'impact de l'IA sur la création et la rémunération des artistes. Tidal, en adoptant une ligne claire, cherche à préserver un espace où la production humaine reste valorisée face à la montée en puissance des outils génératifs.

La plateforme n'a pas précisé quels critères techniques ou quels algorithmes seront utilisés pour distinguer un morceau entièrement synthétique d'une œuvre assistée par IA mais reposant sur une base humaine. Cette zone grise, qui inclut les collaborations entre artistes et IA ou les productions partiellement automatisées, n'est pas concernée par la nouvelle politique.