Le Japon monte au créneau. Alors que la controverse enfle depuis plusieurs mois, l'exécutif nippon a pris la parole pour condamner l'utilisation de personnages d'anime et de manga par le président Donald Trump sur ses réseaux sociaux. Une ministre a publiquement mis en garde contre les risques que cette pratique fait peser sur l'intégrité des exportations culturelles du pays.

Un usage politique qui fâche

La polémique a connu un nouveau sommet après la diffusion, le week-end dernier, d'une vidéo générée par intelligence artificielle sur le réseau Truth Social. On y voit Donald Trump déguisé en Naruto Uzumaki, héros de la célèbre franchise d'animation. Le personnage y est représenté les mains jointes, index pointés vers le haut, dans une posture caractéristique de la série. Cette publication a déclenché une vague d'indignation parmi les fans, qui estiment que l'image a été utilisée sans l'autorisation des ayants droit.

Ce n'est pas un incident isolé. Depuis le mois de mars, les comptes officiels de la Maison-Blanche ont multiplié les références à la pop culture japonaise. Des extraits de Dragon Ball et de Yu-Gi-Oh! ont notamment été intégrés à des vidéos célébrant des frappes militaires américaines contre l'Iran. L'une de ces publications montrait une image extraite du jeu vidéo Pokémon, accompagnée du slogan « Make America Great Again ».

Une pétition et une réaction officielle

Face à cette situation, une pétition en ligne a été lancée dès mars pour demander au gouvernement américain de respecter les droits des créateurs japonais. À ce jour, le texte a recueilli près de 25 000 signatures. « Ces œuvres ont inspiré des publics dans le monde entier en transmettant des valeurs de courage, d'amitié et de persévérance », peut-on lire dans la pétition. Les signataires estiment que leur utilisation dans un contexte politique ou militaire va à l'encontre des intentions des auteurs.

Vendredi, la ministre japonaise chargée de la sécurité économique, Kimi Onoda, a haussé le ton lors d'une conférence de presse. « L'utilisation inappropriée de ces images peut nuire à l'image des œuvres et causer un préjudice aux détenteurs de droits », a-t-elle déclaré. La ministre a indiqué que Tokyo comptait « continuer à prendre des mesures appropriées, y compris par des communications avec les États-Unis, pour garantir que les droits d'auteur de notre pays soient traités correctement ». Elle a ajouté espérer « sincèrement que des incidents similaires ne se reproduiront pas ».

Des plaintes officielles et des critiques de créateurs

Cette sortie publique intervient après que le ministère japonais des Affaires étrangères a déposé une plainte formelle auprès de l'ambassade des États-Unis à Tokyo, plus tôt dans l'année. En avril, un haut responsable du ministère avait déjà jugé, lors d'une audition parlementaire, qu'« il est inapproprié, même pour des institutions publiques, de reproduire des œuvres protégées par le droit d'auteur sans autorisation ».

Les créateurs et ayant droit ont également réagi. Pokémon Company International a déclaré que la Maison-Blanche n'avait pas obtenu d'autorisation pour utiliser son imagerie. « Nous n'avons pas participé à la création ou à la distribution de ce contenu », a affirmé une porte-parole de l'entreprise, soulignant que la mission de la marque « n'est affiliée à aucun point de vue politique ou agenda ». De son côté, la franchise Yu-Gi-Oh! a publié un communiqué précisant qu'« aucune personne associée au manga ou à l'anime n'a eu de participation quelconque ».

Un enjeu d'identité nationale

Au Japon, où l'anime est considéré comme un trésor culturel et un pilier de l'identité nationale, la controverse prend une dimension particulière. Pour Nana Suzuki, une habitante de la région de Tokyo à l'origine de la pétition, il s'agit d'une question de principe : « Je ressens une forte indignation lorsque des œuvres sont utilisées pour attiser des conflits militaires ou politiques ou pour provoquer une controverse. Le Japon devrait signifier que l'utilisation d'images porte atteinte aux droits des créateurs et que l'usage de contenu à des fins politiques ou militaires est inacceptable. »

Certains fans, interrogés dans un quartier commerçant de Tokyo, partagent cette inquiétude. « Ce n'est pas bien quand des œuvres sont utilisées d'une manière différente de leur but initial », a confié Sora Kikuchi, 22 ans. Sa compagne Sakia Kikuchi, du même âge, a ajouté : « Cela irait si le président Trump était un fan d'anime, mais on dirait qu'il traite cela à la légère sans rien y connaître. »

Toutefois, une minorité de fans relativise la portée de l'affaire. Certains internautes jugent l'utilisation des personnages « hilarante » et estiment qu'elle ne fera qu'accroître la reconnaissance internationale de ces œuvres, y voyant une forme de publicité mondiale.

Un dossier qui s'inscrit dans une tendance plus large

Cette controverse ne se limite pas aux productions japonaises. La Maison-Blanche a également puisé dans d'autres univers animés et de divertissement, comme Bob l'éponge, les comics Marvel et DC, ou encore le jeu vidéo Call of Duty. Mais c'est au Japon que la réaction est la plus vive, en raison de la place centrale de ces créations dans le rayonnement culturel du pays. La Première ministre Sanae Takaichi a d'ailleurs affirmé, en décembre, que les contenus culturels japonais constituent une composante essentielle de sa « puissance diplomatique ».

Pour l'heure, ni la Maison-Blanche ni les principaux ayants droit contactés, comme l'éditeur Bandai Namco Entertainment et le studio d'animation Pierrot, n'ont répondu aux sollicitations concernant les dernières critiques formulées par Tokyo.