Trois ingénieurs logiciels d'Amazon ont déposé une plainte, le 18 juin, auprès du bureau des droits civiques de Seattle, accusant leur employeur de représailles illégales après qu'ils ont publiquement soutenu, lors d'audiences municipales, des limitations aux centres de données. Les salariés estiment que l'entreprise a violé les protections locales contre la discrimination fondée sur les convictions politiques.
Selon les documents consultés, les trois employés — Patrick Schloesser, Darius Irani et Liesel Wigand — ont été convoqués individuellement à des réunions virtuelles avec un responsable des relations avec le personnel d'Amazon. Au cours de ces entretiens, ils ont été informés qu'une enquête interne était ouverte, pouvant déboucher sur un licenciement, notamment pour le premier cité. Les intéressés affirment n'avoir reçu aucune mise à jour depuis lors, si ce n'est l'obligation d'utiliser un formulaire d'enregistrement des interventions publiques, qu'ils jugent inapplicable à leurs propos personnels.
« J'ai ressenti une colère montante face à la tentative d'Amazon d'empiéter sur mon droit de m'exprimer politiquement dans ma ville », a déclaré Patrick Schloesser, ingénieur chez Amazon Web Services depuis 2020, cité dans la plainte. « Si nous laissons les entreprises décider quels discours sont autorisés ou non, cela nuit absolument à la démocratie. »
Un groupe interne à l'origine de la démarche
La plainte a été déposée pour le compte des salariés par Amazon Employees for Climate Justice (AECJ), un collectif indépendant de salariés de l'entreprise qui se mobilise sur les enjeux climatiques depuis 2018. Cinq membres de ce groupe, dont les trois plaignants, avaient pris la parole à plusieurs reprises devant le conseil municipal de Seattle et deux de ses commissions, au début du mois de juin, pour réclamer une régulation des centres de données en raison de leurs impacts environnementaux et sociaux.
Bien qu'Amazon ne possède ni ne projette de centre de données à Seattle, plusieurs autres entreprises ont présenté des projets dans la ville, suscitant un débat local. Les interventions des salariés, qui se présentaient comme membres d'AECJ sans affirmer parler au nom de leur employeur, ont attiré l'attention nationale et placé le géant technologique dans une position délicate face aux critiques émises par ses propres équipes.
Une base légale contestée
Seattle est l'une des rares juridictions aux États-Unis à interdire aux employeurs privés de discriminer leurs salariés en raison de leurs opinions politiques ou de leur appartenance à des organisations. « Ici, nous disposons d'outils juridiques pour riposter et garantir que les travailleurs du secteur technologique puissent être des participants démocratiques à part entière dans ces discussions locales importantes », a expliqué Abby Lawlor, avocate du cabinet Barnard Iglitzin & Lavitt qui conseille les plaignants. « Nous espérons que la ville de Seattle fera sa part pour veiller à ce que cette loi essentielle soit appliquée. »
Les trois employés estiment qu'Amazon a un historique de tentatives pour étouffer l'action collective, tant dans ses entrepôts que dans ses activités liées aux centres de données, en recourant à des accords de confidentialité et autres procédés pour soustraire ces projets à l'examen public.
Pas de commentaire officiel
Amazon n'a pas répondu dans l'immédiat aux sollicitations des journalistes. Margaret Callahan, une porte-parole de l'entreprise, avait précédemment indiqué que la société respectait le droit de ses salariés à exprimer leurs opinions et qu'elle s'efforçait d'être un acteur responsable dans les communautés où elle est implantée. Pour l'heure, le bureau des droits civiques de Seattle n'a pas non plus réagi.
Deux autres employés d'Amazon ayant pris la parole lors de réunions ultérieures du conseil municipal n'ont, semble-t-il, reçu aucune notification d'enquête. Les plaignants, quant à eux, disent avoir reçu de nombreux messages de soutien de la part de collègues, sans critique interne hormis lors des entretiens avec les ressources humaines. L'affaire pourrait constituer un test important pour l'application de la loi locale protégeant les convictions politiques des salariés face aux pratiques des grandes entreprises technologiques.