Trois pétroliers battant pavillon iranien, transportant au total 3,8 millions de barils de pétrole brut, ont traversé ces derniers jours la ligne de blocus imposée par les États-Unis dans le golfe d’Oman, selon les données de suivi maritime. Les navires, identifiés comme Diona, Hero II et Sonia I, appartiennent tous à la compagnie pétrolière nationale iranienne (National Iranian Tanker Company), elle-même placée sous sanction du Trésor américain.
Deux des bâtiments émettaient leur position lorsqu’ils ont franchi la limite, tandis que le troisième n’a activé son transpondeur qu’après avoir passé la ligne. Hero II et Sonia I avaient quitté le port iranien de Chabahar mardi, selon les registres de MarineTraffic. Le Diona, quant à lui, a commencé à diffuser sa position juste après avoir dépassé la zone de blocus, qui s’étend de la pointe orientale d’Oman jusqu’à la côte iranienne.
Cette traversée intervient dans un contexte diplomatique incertain. Le président américain Donald Trump avait annoncé dimanche la « levée immédiate » du blocus des ports iraniens, mais les forces navales américaines ont ensuite précisé que celui-ci resterait en vigueur jusqu’à la signature d’un accord avec Téhéran, prévue vendredi en Suisse. Les autorités iraniennes semblent cependant agir comme si le blocus était déjà levé. « C’est un signe que l’Iran est convaincu que le blocus est terminé, même si les États-Unis insistent sur son maintien jusqu’à vendredi », a commenté Michelle Wiese Bockman, analyste senior chez Windward Maritime Intelligence.
Un impact sévère sur les exportations iraniennes
Depuis la mise en place du blocus, les exportations de pétrole brut de l’Iran ont chuté de manière spectaculaire. En mai, elles atteignaient à peine 260 000 barils par jour, soit moins d’un cinquième de la moyenne de 1,67 million de barils par jour enregistrée en 2025, selon la société d’intelligence maritime Kpler. Cette chute est la plus importante depuis six ans.
Les trois pétroliers qui viennent de franchir la ligne de blocus n’affichent pas de destination finale. S’ils parviennent à livrer leur cargaison, il s’agira des premières exportations de pétrole iranien depuis deux mois, d’après TankerTrackers.com. Les navires eux-mêmes n’avaient plus émis leur position depuis mars, ajoute Windward, ce qui rend leur mouvement actuel d’autant plus notable.
Autres mouvements observés
Depuis l’annonce de l’accord américano-iranien, les navires liés à l’Iran redoublent d’activité, selon l’organisation de surveillance United Against Nuclear Iran (UANI). Deux autres pétroliers du groupe NITC ont également commencé à diffuser leur position dans le détroit de Malacca, entre la Malaisie et l’Indonésie.
En parallèle, le pétrolier Stream, également propriété de NITC, a cessé d’émettre sa position juste avant la ligne de blocus et semble se diriger vers les côtes iraniennes. Ce navire, qui n’est pas chargé, tournait au large du port pakistanais de Karachi depuis le 8 mai.
Les forces américaines avaient précédemment intercepté d’autres navires liés à l’Iran dans l’océan Indien, à des milliers de kilomètres du Golfe, démontrant que le blocus pouvait être appliqué au-delà de la région. Le pétrolier Tifani, sous sanctions, avait ainsi été arraisonné plus de dix jours après avoir quitté le Golfe.
Vers une reprise des exportations ?
Bien que la levée officielle du blocus n’ait pas encore eu lieu, le franchissement de la ligne par les trois pétroliers suggère que Téhéran teste les limites de l’engagement américain. Selon des sources proches du dossier, la signature de l’accord en Suisse pourrait ouvrir la voie à une reprise complète des exportations depuis le terminal de l’île de Kharg, principale installation de chargement iranienne. Reste à savoir si les cargaisons en route parviendront à destination sans nouvelle intervention des forces navales américaines.