Le président des États-Unis, Donald Trump, a menacé d’imposer de nouveaux droits de douane au Canada en représailles à la fumée des incendies de forêt qui étouffe de grandes villes du nord du pays. Dans un message publié vendredi 17 juillet sur son réseau social, le chef de l’État a estimé que les États-Unis subissaient « une invasion inutile d’air sale, pollué et malsain, dont la qualité est dangereuse et totalement inacceptable ». Il a accusé le gouvernement canadien de « négligence volontaire » dans l’entretien de ses forêts et de ses broussailles, et a annoncé son intention d’appeler le premier ministre Mark Carney pour exiger des explications.

Des républicains réclament des sanctions Cette menace s’inscrit dans une campagne de pression menée par plusieurs élus républicains du Congrès. Dans une lettre ouverte adressée aux autorités canadiennes, les députés John James, John Moolenaar, Jack Bergman et Lisa McClain ont déclaré que « la patience est épuisée ». Ils ont prévenu que « les poumons américains paient le prix de l’inaction canadienne, année après année », et évoqué une possible implication directe des États-Unis dans la protection transfrontalière contre les incendies si le Canada n’agissait pas. Ils reprochent à Ottawa un « sous-investissement chronique dans l’éclaircissement des forêts, la réduction des combustibles et les brûlages dirigés, ainsi qu’une application insuffisante de la loi contre les incendies criminels ».

La riposte canadienne : « Envoyez de l’aide plutôt que des reproches » Le premier ministre Mark Carney n’a pas répondu directement aux accusations, mais avait auparavant souligné qu’il incombait aux deux pays de lutter contre le changement climatique, un facteur clé, selon les scientifiques, de l’aggravation des incendies. Le premier ministre de l’Ontario, Doug Ford, s’est montré plus virulent. S’adressant à la presse, il a rappelé que la province avait déjà dépêché des bombardiers d’eau lors des incendies en Californie et prêté main-forte lors d’autres catastrophes américaines. « Si certains politiciens lancent des piques, peut-être devraient-ils, au lieu de se plaindre, envoyer du soutien et de l’aide. C’est ce que nous avons fait pour nos amis américains, et c’est ce qu’il faut faire. »

Un bilan humain et environnemental lourd Selon le Système canadien d’information sur les feux de végétation, environ 888 incendies étaient actifs vendredi, dont plus de 190 en Ontario, plusieurs hors de contrôle. Près de 3 millions d’hectares de territoire ont déjà été détruits. La fumée a traversé la frontière, provoquant des alertes « dangereuses » sur la qualité de l’air dans plusieurs États américains. L’indice de qualité de l’air de Detroit a été classé comme le pire au monde par le suisse IQAir, suivi de Chicago, Washington DC et New York. De nombreux événements en plein air ont été annulés.

Un phénomène à double sens L’administration Trump fonde sa menace de taxes sur l’idée que la fumée provient exclusivement du Canada. Or, samedi soir, les autorités de la province canadienne de Colombie-Britannique ont émis une alerte à la qualité de l’air : la fumée provient cette fois d’incendies américains attisés par des milliers d’éclairs dans le nord-est du pays, et se déplace vers le nord, sur le territoire canadien. La question de la base légale d’une telle taxation reste ouverte : interrogée, la Maison-Blanche n’a pas précisé quel mécanisme juridique serait utilisé pour imposer ces droits de douane ni comment le taux serait calculé.