Le président Donald Trump a publiquement désavoué sa propre administration en exigeant que les agents de l'Immigration and Customs Enforcement (ICE) poursuivent les contrôles routiers, au lendemain de l'annonce d'une suspension temporaire de cette pratique. Dans un message publié mercredi 15 juillet sur son réseau Truth Social, le chef de l'État a qualifié l'arrêt des véhicules d'« outil essentiel et efficace » de lutte contre la criminalité, ajoutant qu'il ne fallait « pas jouer le jeu des criminels ».

Deux morts en une semaine

Cette intervention intervient après deux fusillades impliquant des agents de l'ICE. Le 9 juillet, un agent a tué Lorenzo Salgado Araujo, un entrepreneur mexicain installé depuis trente-cinq ans aux États-Unis, lors d'une tentative d'interception à Houston (Texas). Six jours plus tard, le 13 juillet, un autre agent a abattu Joan Sebastian Guerrero, un livreur colombien de 26 ans, à Biddeford (Maine). Selon plusieurs sources, aucune des deux victimes n'avait de casier judiciaire et aucune ne faisait l'objet du contrôle qui a conduit à leur mort. Le tireur du Maine était un agent récemment recruté, auparavant policier au ministère des Anciens Combattants.

Suspension puis volte-face

Sous la pression de la sénatrice républicaine Susan Collins (Maine), le secrétaire à la Sécurité intérieure, Markwayne Mullin, avait ordonné lundi soir la suspension de la majorité des interpellations routières par l'ICE. Cette mesure prévoyait des exceptions pour les mandats criminels ou les opérations conjointes avec d'autres agences. Tom Homan, « tsar des frontières » de l'administration Trump, avait présenté cette suspension comme une « pause temporaire », démentant tout changement de politique. Il a par ailleurs annoncé que les agents de l'ICE seraient désormais équipés de caméras-piétons lors des contrôles.

Pression de la base trumpiste

Le revirement présidentiel fait suite à un tollé au sein de la base électorale de Donald Trump. Selon des responsables de la Maison-Blanche, le président aurait reçu une litanie de plaintes de la part d'alliés radicaux, dont les influenceuses Tomi Lahren, l'ancien commandant de la patrouille frontalière Greg Bovino et le podcasteur Steve Bannon. Des extraits d'émissions de droite diffusés mercredi matin auraient convaincu M. Trump que l'abandon des contrôles ferait paraître l'administration « faible ».

Mobilisations dans le Maine

La mort de Joan Sebastian Guerrero a déclenché des manifestations anti-ICE dans plusieurs villes du Maine, notamment devant un centre de l'agence à Portland. Les protestataires dénoncent des méthodes de répression brutales, déjà critiquées après les décès d'Alex Pretti et de Renee Good l'hiver précédent. Le sénateur indépendant Angus King a confirmé que son bureau avait été informé par le Département de la Sécurité intérieure de la suspension des contrôles – suspension désormais remise en cause par le président lui-même.

Formation en question

Des responsables de l'ICE ont confié que les agents ne reçoivent pas une formation suffisante pour désamorcer les situations de conflit lors des arrêts de véhicules. La décision de maintenir ces opérations, malgré les risques, confirme la priorité donnée à l'intensification des arrestations et des expulsions, un axe central de la politique migratoire de l'administration Trump.