Le président Donald Trump s’est rendu vendredi dans l’ouest du Wisconsin pour un échange avec des agriculteurs, une catégorie d’électeurs particulièrement affectée par les droits de douane qu’il a imposés et par la flambée des prix liée à la guerre avec l’Iran. Ce déplacement visait notamment à soutenir la campagne de réélection du représentant républicain Derrick Van Orden, dont le siège est considéré comme l’un des plus disputés du pays.

Devant une centaine de personnes réunies sous la pluie à Chippewa Falls, M. Trump a alterné entre des remarques personnelles – affirmant qu’il aurait pu rester à la Maison-Blanche à regarder la télévision – et des annonces destinées à apaiser les préoccupations du monde agricole. Il a assuré que la guerre engagée le 28 février contre l’Iran serait « largement terminée » et que les prix de l’essence et des engrais allaient « considérablement baisser ». « D’une façon ou d’une autre, c’est fini », a-t-il déclaré, promettant aux exploitants qu’ils seraient bientôt « très contents » des résultats.

Le président a également mis en avant plusieurs mesures législatives : la réduction des droits de succession pour les exploitations agricoles, le retour du lait entier dans les écoles, et la suppression des exigences relatives au liquide de dépollution pour les moteurs diesel. « J’ai supprimé l’exigence ridicule de liquide d’échappement diesel – est-ce que ça vous dit quelque chose ? », a-t-il lancé à la foule.

Des agriculteurs sous pression

Les agriculteurs américains subissent un double choc. D’un côté, les droits de douane imposés par l’administration Trump ont entraîné des représailles commerciales, limitant les exportations de produits comme le soja et renchérissant le coût des intrants importés. De l’autre, le conflit avec l’Iran a perturbé le transport maritime dans le détroit d’Ormuz, provoquant une flambée des prix des engrais, notamment de l’urée. Selon une enquête de l’American Farm Bureau Federation publiée en avril, 70 % des agriculteurs américains déclarent ne pas pouvoir acheter la totalité des engrais dont ils ont besoin.

Le prix moyen de l’essence s’établissait cette semaine à environ 4,04 dollars le gallon, soit 1,08 dollar de plus qu’un an plus tôt, d’après l’American Automobile Association. Dans la région d’Eau Claire, plusieurs automobilistes interrogés faisaient état d’un prix de 4,09 dollars.

Une élection serrée dans le 3e district

La visite présidentielle avait pour but principal de soutenir Derrick Van Orden, un élu républicain qui avait remporté le 3e district du Wisconsin avec une marge inférieure à 3 % en 2024. Ce siège, considéré comme « violet » par les analystes, est l’une des cibles prioritaires des démocrates, qui espèrent reprendre le contrôle de la Chambre des représentants lors des élections de mi-mandat en novembre.

Plusieurs hauts responsables de l’administration se sont déjà rendus dans le district ces dernières semaines. Le secrétaire à la Santé, Robert F. Kennedy Jr., avait participé à un événement aux côtés de M. Van Orden plus tôt dans la semaine.

En face, la candidate démocrate Rebecca Cooke, qui avait perdu de justesse face à M. Van Orden en 2024, fait campagne sur le thème de la « trahison » des ruraux par les républicains. Interrogée alors qu’elle servait des frites et du vin dans un restaurant d’Eau Claire où elle travaille depuis 2022, Mme Cooke, 38 ans, a déclaré que les habitants « prennent les gens au mot » et que, selon elle, M. Trump et M. Van Orden avaient trahi leur parole. « Quand Trump a donné sa parole et est revenu dessus, c’est une trahison », a-t-elle affirmé.

Un électorat partagé

Certains électeurs rencontrés sur place disent conserver leur confiance dans le président, malgré les difficultés. Randy Craker, 66 ans, employé municipal à Eau Claire et électeur de M. Trump à trois reprises, a expliqué que sa famille avait dû s’adapter à la hausse des coûts, mais qu’il croyait toujours à la vision « patriotique » du président. « Vous imaginez la complexité de diriger ce pays ? Trump a une grande tâche, et nous prions pour sa réussite », a-t-il confié. Ses sentiments sont plus mitigés à l’égard de M. Van Orden, qu’il accuse d’avoir « rompu certaines promesses » et de ne pas organiser de réunions publiques.

Chuck Schlichting, 60 ans, infirmier aux urgences et lui aussi électeur de M. Trump à trois reprises, a estimé soutenir une grande partie de ce que fait le président, hormis ce qu’il appelle le « théâtre et le drame » qui entourent son leadership. Il s’est dit satisfait des explications données sur la guerre avec l’Iran, tout en ajoutant : « Je ne sais pas à quel point tout cela est vrai. »

Une popularité en berne

Plusieurs sondages récents placent la cote d’approbation de M. Trump autour de 40 %, un niveau historiquement bas. Un sondage de l’université Marquette réalisé du 20 au 26 mai indique que seuls 19 % des personnes interrogées approuvent la gestion des prix de l’essence par le président, et 22 % celle de l’inflation et du coût de la vie.

Par ailleurs, certaines initiatives récentes de l’administration, comme le projet de fonds « anti-armement » de 1,8 milliard de dollars – abandonné depuis – ou la demande d’un milliard de dollars pour la sécurité de la salle de bal de la Maison-Blanche, ont suscité des critiques, y compris au sein du parti républicain.