« J'assume la responsabilité. » Thomas Tuchel n'a pas éludé les questions après l'élimination de l'Angleterre en demi-finale de la Coupe du monde 2026. Interrogé par la presse avant le match pour la troisième place contre la France, le sélectionneur allemand a défendu ses décisions tactiques, tout en reconnaissant que son équipe était devenue « trop passive » en fin de rencontre.

L'Angleterre menait 1-0 grâce à un but d'Anthony Gordon à la 55e minute, avant de s'incliner 2-1 sur des réalisations d'Enzo Fernandez (85e) et de Lautaro Martinez (90e+2), toutes deux servies par Lionel Messi. Pour protéger cet avantage, Tuchel a effectué des changements défensifs à la 82e minute, remplaçant Reece James par Dan Burn et Declan Rice par Nico O'Reilly, et a fait reculer son bloc.

« Nous avons concédé trop de centres et trop d'occasions juste après notre but, a-t-il expliqué. Nous sommes donc passés à une défense à cinq pour fermer les espaces intérieurs et être plus forts dans les airs. Mais, bien sûr, la responsabilité incombe à l'entraîneur. Et si cela ne fonctionne pas, il est facile de dire que c'était une erreur. »

Le technicien de 52 ans a insisté sur le fait qu'il n'avait « aucun regret » et a refusé de se livrer à un « jeu de reproches ». Il a décrit cette défaite comme une « cicatrice que nous portons désormais », ajoutant que son équipe ressentait la douleur plus que quiconque. « Si vous avez besoin de quelqu'un à blâmer, je prends la responsabilité », a-t-il déclaré, tout en soulignant que l'esprit d'équipe n'était pas à remettre en cause.

Des choix contestés dans le vestiaire

Cette gestion de la fin de match, qualifiée de « passive » par plusieurs observateurs, a également été débattue au sein du groupe anglais. Plusieurs sources indiquent que des cadres de l'équipe ont été déçus par les consignes tactiques données dans les dernières minutes. Le repli précoce et le passage en défense à cinq ont été perçus comme un abandon de l'initiative, alors que l'Angleterre tenait le score.

Tuchel a depuis minimisé cette version, affirmant que le plan n'avait jamais été de reculer autant et que le problème relevait davantage d'une incapacité à garder le contrôle du ballon, qu'il a attribuée à « l'ADN » du football anglais. « Ce n'est peut-être pas dans notre ADN de contrôler le jeu et le ballon », a-t-il glissé, une déclaration qui a alimenté les critiques.

Un bilan en demi-teinte pour l'avenir

Malgré cette élimination, l'avenir de Tuchel à la tête de la sélection ne semble pas immédiatement menacé. Il a signé une prolongation de deux ans en février dernier, le liant à l'Angleterre jusqu'à l'Euro 2028, que le pays co-organisera. Selon plusieurs analystes, son départ ne serait pas une bonne décision, même s'il n'a pas atteint l'objectif fixé.

« Tuchel a été engagé pour gagner ce tournoi, il l'a dit lui-même, rappelle l'ancien attaquant Alan Shearer. Il a fait des erreurs avec le repli défensif et ses changements. Mais cela ne signifie pas que son temps est révolu. »

L'Angleterre disputera samedi le match pour la troisième place contre la France à Miami. Une victoire permettrait aux Three Lions de réaliser leur meilleure performance en Coupe du monde masculine depuis leur sacre de 1966. Avant cette rencontre, Tuchel a prononcé un discours émouvant devant son groupe, les encourageant à surmonter leur déception et à terminer le tournoi sur une note positive. « Je suis fier de leurs efforts », a-t-il notamment souligné.

« Le poids de 60 ans de souffrance »

Cette nouvelle désillusion s'ajoute à une longue série de « presque » pour l'Angleterre, qui enchaîne les échecs en phase finale (défaite en demi-finale du Mondial 2018, finales perdues de l'Euro 2020 et 2024). Pour de nombreux commentateurs, ce revers en demi-finale, après avoir mené au score, est particulièrement cruel.

« Les soixante ans de souffrance pèsent lourd sur les épaules des joueurs anglais », analyse un spécialiste. Le débat est désormais ouvert : ce groupe manque-t-il de qualité globale, malgré l'effort, l'esprit et les moments de génie ? Ou bien le vrai problème réside-t-il dans l'incapacité à gérer les grands rendez-vous ? La réponse ne viendra peut-être qu'à l'Euro 2028, sur le sol anglais.