La cinéaste Lætitia Masson livre avec « Ulysse » un récit intime et politique. Présenté lors de la dernière édition du Festival de Cannes, dans le cadre de la sélection Un certain regard, ce long-métrage s’inspire directement de son propre parcours, de la lutte qu’elle mène pour l’intégration de son fils dans la collectivité. Le film suit le parcours d’une mère confrontée à l’absence de structures adaptées, aux lenteurs administratives et au regard des autres, une odyssée dont l’issue, rappelle la réalisatrice, est incertaine : « Le destin de ces enfants ne tient qu’à un fil. »

Une œuvre ancrée dans l’expérience vécue

Pour ce projet, Lætitia Masson a choisi de mettre en scène une histoire qui la touche au plus près. Elle relate sans fard les obstacles rencontrés au quotidien pour offrir à son enfant un environnement scolaire et social digne. Le film dépasse le simple témoignage : il dénonce un système qui, selon elle, laisse trop souvent les familles livrées à elles-mêmes. L’artiste ne se contente pas de décrire ; elle filme la détermination d’une mère qui refuse de voir son fils relégué en marge de la société.

Un plaidoyer pour une meilleure inclusion

À travers le destin particulier de son protagoniste, « Ulysse » dresse un constat sans complaisance sur la prise en charge du handicap en France. La réalisatrice montre les failles d’un dispositif qui, malgré les discours officiels, peine à assurer une réelle inclusion. Le film interroge aussi la responsabilité collective : comment une nation peut-elle garantir l’égalité des chances quand les moyens alloués sont insuffisants ? La réponse donnée par l’œuvre est implicite mais sans appel – la survie sociale de ces enfants ne tient qu’à l’acharnement de leurs proches.

Un regard salué par la critique

Plusieurs observateurs ont salué l’approche de Lætitia Masson, qui parvient à éviter l’écueil du misérabilisme pour offrir un portrait à la fois dur et lumineux. Le scénario, centré sur le lien mère-fils, échappe au pathos en privilégiant une mise en scène sobre et des dialogues justes. La presse a noté que le film apporte une « pierre supplémentaire » à la représentation du handicap au cinéma, tout en soulignant la gravité du sujet traité.

Un contexte politique sensible

La sortie de « Ulysse » intervient alors que le débat sur l’accompagnement des personnes handicapées reste vif dans le pays. Entre les annonces gouvernementales sur la création de places en établissement spécialisé et les revendications des associations qui dénoncent un manque criant de moyens, le film de Lætitia Masson arrive comme un rappel nécessaire. Il donne une voix à des milliers de familles confrontées chaque jour à ce qu’une mère décrit comme une « épreuve sans fin ».

Une œuvre nécessaire

Au-delà de sa dimension esthétique, « Ulysse » s’impose comme un acte militant. En racontant l’histoire de cette mère, Lætitia Masson invite les spectateurs à ne pas détourner le regard. Son message est clair : l’intégration des enfants handicapés n’est pas une faveur, mais un droit fondamental, dont la mise en œuvre reste, trop souvent, un combat solitaire.