La municipalité de Perpignan a annoncé, mardi 9 juin, la suspension de l'un de ses agents communaux, ancien membre du conseil municipal, pour avoir arboré un tatouage à connotation nazie. L'homme, identifié comme Charles Ifssah-Becuwe, portait sur l'avant-bras la devise de la Schutzstaffel (SS) « Mon honneur s'appelle fidélité », en allemand « Meine Ehre heißt Treue ». L'inscription, qui renvoie à l'organisation paramilitaire du régime hitlérien, a été jugée incompatible avec l'exercice de ses fonctions.
Charles Ifssah-Becuwe était employé au service des pièces d'identité de la ville, un poste impliquant un contact direct avec le public. Il avait été élu conseiller municipal en 2020 sur la liste conduite par Louis Aliot, maire Rassemblement national (RN) de Perpignan. Selon les informations recueillies, il a quitté le conseil municipal en 2022, mais conservait un emploi d'agent municipal jusqu'à cette mise à pied.
C'est à la suite d'une enquête publiée par le site d'investigation Reflets que la municipalité a été alertée. Le maire Louis Aliot a immédiatement condamné ce qu'il a qualifié de « comportement inadmissible ». Dans un communiqué, la ville a indiqué avoir pris une mesure de suspension en application du code du travail, qui permet d'écarter un agent lorsqu'il crée « un trouble caractérisé » au sein du service. Parallèlement, le préfet des Pyrénées-Orientales a été saisi afin d'engager une procédure disciplinaire pouvant aller jusqu'au licenciement.
Cette affaire survient dans un contexte où le Rassemblement national tente de normaliser son image et de rompre avec ses racines extrémistes. Louis Aliot, figure modérée du parti, avait déjà dû gérer par le passé des dérives au sein de sa majorité. La présence d'un agent communal portant un tatouage ouvertement néonazi dans un service public – et de surcroît en charge des titres d'identité – a suscité l'émoi parmi les personnels et les élus d'opposition.
L'enquête de Reflets, qui a servi de déclencheur, a été confirmée par la mairie. Celle-ci a précisé que l'agent ne sera pas autorisé à reprendre son poste tant que la procédure disciplinaire n'aura pas abouti. Le préfet a été invité à statuer sur son avenir administratif. La mairie a également souligné que cette suspension était une mesure conservatoire et que l'agent avait été informé de la procédure en cours.
Charles Ifssah-Becuwe n'a pas souhaité s'exprimer publiquement. De son côté, le Rassemblement national, contacté, n'a pas commenté cette affaire. L'incident relance le débat sur la vigilance des collectivités quant aux opinions affichées par leurs agents, notamment lorsqu'elles entrent en contradiction avec les valeurs républicaines.