Alors que la Coupe du monde 2026 doit s’ouvrir dans 48 heures, un incident inédit ébranle l’organisation de l’événement. Omar Artan, arbitre somalien considéré comme le numéro un du continent africain, a été placé sous garde à vue pendant plusieurs heures par les services d’immigration américains, avant d’être renvoyé par avion vers Mogadiscio. Il devait initialement rejoindre les 51 autres officiels sélectionnés pour la compétition.

L’affaire a été révélée par plusieurs témoignages, dont celui du principal intéressé. Au cours d’un entretien, Artan a raconté avoir subi un interrogatoire de onze heures mené par des agents de l’immigration, malgré la possession d’un visa en règle et de tous les documents requis. « J’avais les bons papiers et tout. J’avais le bon visa », a-t-il déclaré.

Une sélection prestigieuse anéantie

L’arbitre de 41 ans était au sommet de sa carrière. En juin 2025, il avait dirigé la finale retour de la Ligue des champions africaine, remportée par Pyramids FC face à Mamelodi Sundowns. Il avait ensuite été désigné par la Fifa pour officier lors de la Coupe du monde des moins de 20 ans au Chili, où il avait arbitré trois rencontres, dont la petite finale. En fin d’année, il avait également pris part à la Coupe d’Afrique des nations, avant d’apprendre en mars 2026 sa sélection pour le Mondial. « L’ambition de tout arbitre est d’aller à la Coupe du monde. Quand vous êtes sélectionné, vous sentez que tout votre travail acharné en valait la peine », confiait-il la semaine précédant son départ.

Des craintes confirmées

L’affaire Artan illustre les appréhensions exprimées depuis plusieurs mois quant aux difficultés d’accès au territoire américain pour les participants et les supporteurs. Piara Powar, directeur exécutif de l’organisation anti-discrimination Fare, a estimé qu’il est désormais « clair que les craintes d’une politique de visas idéologique et discriminatoire du gouvernement américain se concrétisent ». Selon lui, on n’avait « jamais vu la farce d’un officiel arbitre de la Fifa se voir refuser l’entrée alors qu’il arrive pour les préparatifs finaux ».

Des interrogations subsistent également sur la possible présence d’agents de l’Immigration and Customs Enforcement (ICE) dans les stades, et sur les conséquences pour les spectateurs.

La Fifa en position délicate

L’organisation de la Coupe du monde 2026 avait été présentée comme une occasion de recentrer l’attention sur le jeu, après les controverses des éditions 2018 et 2022. Mais la préparation du tournoi a été émaillée de multiples polémiques : prix des billets jugés exorbitants, assignations à comparaître concernant les pratiques de billetterie, critiques sur les réservations hôtelières et les tarifs des transports. Ce nouvel épisode, qui touche directement un membre de la délégation de la Fifa, pose la question de la capacité de l’instance à maîtriser ce qui se déroule hors des enceintes sportives.