Un outil en ligne analyse les trajectoires des jets privés pour anticiper une catastrophe

Un développeur et artiste basé à Los Angeles, Kyle McDonald, a conçu une plateforme baptisée « Apocalypse Early Warning System » qui utilise les données de vol des jets privés pour générer un indice d’alerte en temps réel. L’idée sous-jacente est que, face à une menace imminente, les individus les plus riches et les mieux informés seraient les premiers à fuir les zones à risque à bord de leurs appareils personnels, créant ainsi une signature statistique détectable.

L’outil scrute actuellement plus de 31 500 aéronefs. Pour établir son niveau d’alerte – qui s’échelonne de 1 (activité normale) à 5 (pic anormal) – le système croise plusieurs bases de données publiques : les informations de positionnement ADS-B Exchange, les données Mictronics/tar1090 et les registres d’immatriculation de l’Agence fédérale de l’aviation américaine (FAA). Chaque appareil est identifié par son code hexadécimal ICAO, un identifiant unique mondial. Seuls les avions d’affaires sont retenus pour l’analyse, à l’exclusion des appareils militaires, des gros porteurs ou des avions régionaux.

L’algorithme compare l’activité en cours à un historique afin de repérer des « outliers », c’est-à-dire des valeurs qui s’écartent significativement de la norme. McDonald précise que le système n’est pas infaillible : un pic de niveau 5 peut aussi bien être provoqué par un grand événement sportif, un sommet politique, un jour férié ou une anomalie dans les données sources. Pour cette raison, le site archive les « faux positifs » historiques, ce qui permet une interprétation plus nuancée des alertes. À ce jour, le système affiche un niveau d’alerte de niveau 1.

Un projet artistique à la croisée de la data et de la géopolitique

Kyle McDonald a développé ce projet en partie à l’aide de l’intelligence artificielle. Il s’agit d’une œuvre qui mêle réflexion sur l’accès à l’information, inégalités sociales et surveillance des élites. Le site propose également un abonnement payant pour recevoir des notifications automatiques en cas de détection d’un pic.

Le créateur reconnaît lui-même les limites de son hypothèse de départ : il est difficile de vérifier si les propriétaires de jets privés disposent réellement d’un accès privilégié à des signaux d’alerte précoce et s’ils auraient les moyens d’y répondre immédiatement, tandis que le reste de la population resterait dans l’ignorance. L’outil exploite des données de suivi aérien disponibles publiquement, une technique déjà utilisée par le passé pour tracer les déplacements de personnalités comme Elon Musk.

Une architecture technique fondée sur des données ouvertes

Le système d’alerte mobilise les données ADS-B Exchange, une base qui avait déjà été employée par le lanceur d’alerte Jack Sweeney pour suivre en temps réel les allers-retours du jet d’Elon Musk. Chaque avion est classé par catégorie : jets d’affaires, militaires, gros porteurs ou appareils régionaux. Seuls les premiers sont retenus pour le calcul du niveau d’alerte.

En cas de détection d’une valeur aberrante, l’utilisateur peut consulter l’archive des événements passés pour évaluer la fiabilité de l’alerte. Le concept, bien que spéculatif, suscite l’intérêt en raison de la transparence des données utilisées et de la facilité avec laquelle il transforme des flux d’information bruts en un indicateur potentiel de crise.