Un malaise profond agite les coulisses de CNews. Selon des informations rendues publiques, un chroniqueur historique de la chaîne, le juriste Amine Elbahi, a saisi à plusieurs reprises l’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique (Arcom) pour dénoncer le contenu de l’émission « 100 % Frontières », diffusée quotidiennement en milieu de journée.

Des alertes internes ignorées

Amine Elbahi, qui intervient régulièrement sur CNews depuis plusieurs années, aurait transmis au moins deux courriers au gendarme de l’audiovisuel. Il y exprime son inquiétude face à ce qu’il perçoit comme une dérive raciste et une absence de contrôle éditorial. Dans ses missives, le chroniqueur pointe le traitement « quasi-exclusif » réservé à des thèmes comme l’immigration ou l’islam, et regrette un manque de « maîtrise de l’antenne ». Il aurait également confié à des proches que la situation risquait d’entraîner des sanctions pour la chaîne, estimant : « On va se faire attraper par l’Arcom. »

L’émission « 100 % Frontières » est codirigée par le présentateur Gauthier le Bret et par Erik Tegnér, directeur du magazine Frontières, une publication classée à l’extrême droite. Ce partenariat éditorial, qui donne au média une large autonomie sur le contenu diffusé, suscite des crispations au sein même des équipes de CNews. Plusieurs employés de la chaîne auraient fait part de leur malaise face à la radicalité des propos tenus à l’antenne.

Un signalement au régulateur

La saisine de l’Arcom par un membre interne de la chaîne constitue un événement rare dans le paysage audiovisuel français. Amine Elbahi, connu pour ses interventions juridiques, a choisi de ne pas passer par les canaux hiérarchiques internes, estimant que ses alertes n’étaient pas entendues. Il a donc directement écrit au régulateur pour demander un examen des pratiques de l’émission.

Les courriers, dont le contenu précis n’a pas été divulgué, évoqueraient une dérive raciste et un traitement biaisé de l’actualité, en particulier sur les questions liées à l’identité nationale et à la religion musulmane. Le chroniqueur aurait également souligné que la place accordée à ces sujets était disproportionnée par rapport à l’ensemble de la grille des programmes.

Une controverse qui s’amplifie

Cette affaire intervient dans un contexte où CNews est régulièrement épinglée pour ses orientations éditoriales. La chaîne, qui appartient au groupe Canal+, a déjà été mise en demeure par l’Arcom à plusieurs reprises, notamment pour des manquements à l’honnêteté et à la rigueur de l’information. L’émission « 100 % Frontières » cristallise particulièrement les critiques, en raison de sa collaboration étroite avec un magazine identifié comme étant d’extrême droite.

Erik Tegnér, le directeur de Frontières, est connu pour ses positions radicales sur l’immigration et l’identité française. Il a notamment été l’auteur d’un pamphlet intitulé « Le Livre noir de l’immigration », souvent cité par les milieux nationalistes. Sa présence quotidienne à l’antenne de CNews, en tant que co-animateur, interroge sur la ligne éditoriale de la chaîne.

Quelles suites possibles ?

L’Arcom, saisie par Amine Elbahi, pourrait ouvrir une procédure de contrôle. Si elle estimait que les obligations de la chaîne en matière de pluralisme, de dignité humaine ou de lutte contre les discriminations n’étaient pas respectées, elle disposerait d’un éventail de sanctions allant de la simple mise en demeure à une amende, voire à une suspension de diffusion.

Pour l’heure, ni CNews ni le groupe Canal+ n’ont officiellement réagi à ces révélations. La direction de la chaîne n’a pas non plus commenté les tensions internes évoquées par plusieurs médias. Du côté d’Amine Elbahi, aucune déclaration publique n’a été faite depuis la révélation de ses saisines.

Un précédent dans le débat public

Cette affaire relance le débat sur la responsabilité des chaînes d’information en continu face à la montée des discours radicaux. Plusieurs associations de défense des droits humains et des journalistes ont déjà alerté sur la normalisation de propos issus de l’extrême droite dans les médias grand public. La saisine de l’Arcom par un chroniqueur de CNews, pour la première fois rendue publique, pourrait inciter d’autres professionnels à briser le silence.

En attendant, l’émission « 100 % Frontières » continue d’être diffusée chaque jour, tandis que le régulateur examine les signalements reçus.