Le festival Tribeca, qui se tient chaque année à New York, s’apprête à accueillir une première dans l’histoire du cinéma. Dreams of Violets, un long-métrage de 75 minutes entièrement généré par intelligence artificielle, y sera présenté en première mondiale. Ce drame de fiction est une reconstitution des événements survenus en janvier dernier, lorsque les forces de sécurité iraniennes ont brutalement réprimé des manifestations antigouvernementales, faisant de nombreuses victimes.

Le film est le fruit du travail des frères Ash et Pooya Koosha, deux réalisateurs d’origine iranienne ayant quitté leur pays en 2009. Ash Koosha, qui signe la mise en scène, a expliqué que le projet s’appuie sur des reportages journalistiques, des photographies et des témoignages oculaires. « Je dirais que 80 % du film est une reconstitution d’événements qui se sont réellement produits », a-t-il déclaré. Le scénario suit un groupe d’inconnus, réunis par hasard dans une ruelle, qui se retrouvent pris dans la tourmente des manifestations.

Un budget défiant toute concurrence

L’élément le plus frappant de cette production est sans doute son coût. Alors qu’un film d’animation ou un drame en images de synthèse de cette envergure aurait nécessité des millions de dollars et des années de travail, Dreams of Violets a été réalisé en seulement quelques mois pour un budget de 2000 dollars. « Les effets spéciaux numériques auraient coûté des millions. J’ai dépensé 2000 dollars », a affirmé Ash Koosha. Chaque image et chaque personnage du film a été généré par une intelligence artificielle, à partir de descriptions physiques.

Précautions et enjeux de sécurité

Les créateurs ont dû faire preuve d’une grande prudence dans la conception des personnages. Ash Koosha a précisé qu’il a créé les protagonistes en décrivant leur apparence, en s’inspirant de personnes qu’il a connues par le passé. « En raison des problèmes de sécurité, il ne serait pas sûr que les personnages ressemblent, même de loin, à des personnes vivantes en Iran », a-t-il expliqué.

Une vitrine pour l’avenir du cinéma indépendant

Pooya Koosha est le cofondateur de Fountain 0, la société à l’origine du film, dont Ash Koosha est le directeur général. La société affirme que Dreams of Violets est une œuvre de fiction et non un documentaire, mais qu’elle se fonde sur des faits réels. Pour ses créateurs, cette sélection au prestigieux festival Tribeca représente une révolution potentielle pour le cinéma indépendant. Le recours à l’IA pourrait, selon eux, transformer les modes de production en offrant aux réalisateurs la possibilité de réaliser des films ambitieux avec des moyens financiers extrêmement réduits.

Alors que la polémique sur la place de l’intelligence artificielle dans la création artistique ne cesse de s’amplifier, Dreams of Violets s’impose comme une expérience pionnière. Reste à savoir si le public et la critique y verront une œuvre d’avant-garde ou un simple exercice de style technologique. La réponse sera donnée lors de la projection au festival Tribeca, qui débute le mois prochain.