Les États-Unis ont officiellement accusé un chef de gang emprisonné en Inde d’avoir organisé l’assassinat d’un célèbre activiste sikh sur le sol canadien, une affaire qui avait exacerbé les tensions entre Ottawa et New Delhi. L’acte d’accusation dévoilé le 7 juillet par le département américain de la Justice vise Lawrence Bishnoi, détenu dans une prison indienne pour divers chefs de criminalité organisée, ainsi que son présumé lieutenant nord-américain, Satinderjeet Singh.

L’enquête américaine établit que les deux hommes auraient dirigé l’opération ayant conduit à la mort de Hardeep Singh Nijjar en juin 2023 à Surrey, en Colombie-Britannique. Nijjar, figure du mouvement séparatiste sikh, était activement recherché par les autorités indiennes pour terrorisme, mais le Canada considérait ses activités comme légitimes.

Une enquête internationale

Ces accusations s’inscrivent dans une vaste opération conjointe des services répressifs des États-Unis, du Canada et de plusieurs pays européens. Au total, trente-sept personnes sont mises en cause pour leur appartenance présumée à trois syndicats du crime liés à l’Inde. Selon les documents judiciaires, deux des individus poursuivis géraient leurs réseaux criminels depuis leur cellule de prison.

L’acte d’accusation ne fait aucune mention d’une implication directe du gouvernement indien dans l’assassinat de Nijjar. Ce volet avait pourtant été au cœur des accusations canadiennes en septembre 2023, lorsque le Premier ministre Justin Trudeau avait publiquement évoqué des « allégations crédibles » d’une implication d’agents de New Delhi. L’Inde avait fermement rejeté ces allégations, conduisant à une expulsion réciproque de diplomates.

Des chefs de clan derrière les barreaux

Lawrence Bishnoi, dont l’organisation est accusée d’avoir commis plusieurs meurtres en Inde et à l’étranger, purge actuellement une peine dans l’État de Gujarat. Il avait déjà été lié à des menaces contre des célébrités bollywoodiennes. Son adjoint présumé Satinderjeet Singh aurait coordonné les opérations en Amérique du Nord.

Les charges retenues incluent le meurtre d’un ressortissant canadien sur le territoire d’un allié, ce qui permet aux tribunaux américains de revendiquer une compétence extraterritoriale. Les accusés encourent la perpétuité s’ils sont reconnus coupables.

Des implications diplomatiques persistantes

Le meurtre de Nijjar avait déjà profondément altéré les relations entre le Canada et l’Inde. Si les nouvelles accusations américaines ne relancent pas directement la polémique sur le rôle d’agents étatiques indiens, elles confirment le rôle d’organisations criminelles basées en Inde dans des assassinats ciblés à l’étranger.

Le gouvernement indien n’a pas encore réagi officiellement à ces inculpations, mais il a toujours nié toute implication dans l’affaire Nijjar. Du côté canadien, le ministre de la Sécurité publique a salué « une étape importante vers la justice » pour la famille de la victime.

L’affaire devrait également alimenter les débats sur l’efficacité de la coopération judiciaire entre les deux pays, toujours enlisée dans la méfiance réciproque.