Un homme de 32 ans, décrit comme un Irakien au look négligé, a comparu en chaînes lundi dans un tribunal de Manhattan. Vêtu d’une combinaison beige, Mohammad Baqer Saad Dawood al-Saadi a plaidé non coupable de plusieurs chefs d’accusation liés au terrorisme. S’adressant au juge et aux procureurs, il a affirmé : « Je suis un prisonnier de guerre. Je ne suis pas une menace. Des enfants et des femmes sont tués par vos roquettes. » Il risque la réclusion à perpétuité.

Cette brève audience constitue le dernier chapitre d’un dossier que les autorités jugent exceptionnel. Il mêle deux puissances en conflit, l’une des campagnes terroristes les plus médiatisées en Europe et au Royaume-Uni depuis des années, de jeunes délinquants entraînés dans des jeux géopolitiques, des milices islamistes en Irak et, pour l’année 2026, la puissance perturbatrice des réseaux sociaux. Selon les enquêteurs, l’homme qui aurait fédéré tous ces éléments est al-Saadi.

Des messages postés après le début de l’offensive américano-israélienne

L’affaire trouve son origine une semaine après le lancement de l’offensive conjointe des États-Unis et d’Israël qui a déclenché la guerre avec l’Iran. Au cœur de la nuit, une série de messages a été postée sur Telegram et Snapchat, semblant adresser des instructions secrètes à des réseaux terroristes en Europe. S’adressant aux « Soldats de l’ombre », ces messages donnaient « la permission à toutes les cellules dormantes ». Les enquêteurs estiment que l’auteur de ces publications serait al-Saadi.

Un mode opératoire inédit : la « guerre par procuration » numérique

Les documents juridiques, les investigations d’experts et les publications sur les réseaux sociaux brossent le portrait d’un homme qui aurait orchestré une campagne d’attaques visant les communautés juives à travers l’Europe. Les autorités y voient une forme de guerre nouvelle, à laquelle les services de sécurité occidentaux peinent encore à répondre. Des adolescents, parfois déjà connus pour de petites infractions, auraient été recrutés en ligne et instrumentalisés sans nécessairement avoir conscience de la portée géopolitique de leurs actes. Le Qatar, les Émirats arabes unis et l’Arabie saoudite sont également mentionnés dans le contexte plus large des rivalités régionales.

Al-Saadi aurait ainsi agi comme un « proxy » (intermédiaire) de l’Iran, utilisant les plates-formes numériques pour activer des cellules terroristes dormantes sur le sol européen. La campagne, qui a ciblé des synagogues, des centres communautaires et des lieux de rassemblement juifs, a provoqué une onde de choc parmi les communautés concernées et mobilisé les polices du continent.

Un procès qui s’annonce complexe

Le prévenu est détenu dans l’attente de la suite de la procédure. Son plaidoyer de non-culpabilité et sa déclaration en pleine audience, où il s’est présenté comme un combattant dans un conflit plus large, laissent entrevoir une défense qui pourrait s’appuyer sur le contexte de la guerre entre les États-Unis, Israël et l’Iran. Les procureurs fédéraux devront démontrer le lien direct entre les messages postés en ligne et les attentats perpétrés sur le terrain, un défi technique et juridique inédit à cette échelle.

Les enquêtes se poursuivent dans plusieurs pays européens, tandis que les services antiterroristes tentent de cartographier l’ensemble du réseau que l’accusé est soupçonné d’avoir dirigé. L’affaire, qui mêle terrorisme, guerre hybride et cyberespace, est suivie de près par les chancelleries occidentales. Elle pose la question de la vulnérabilité des démocraties face à des campagnes de déstabilisation animées depuis l’étranger via des canaux numériques. Le procès devrait durer plusieurs mois et pourrait établir une jurisprudence en matière de responsabilité pénale dans le cadre de ce que certains experts appellent déjà le « terrorisme 2.0 ».