Deux hommes que tout oppose sur le papier, unis par la perte et une conviction commune, publient un plaidoyer pour la réconciliation israélo-palestinienne. L’Israélien Maoz Inon et le Palestinien Aziz Abu Sarah cosignent « La paix est notre avenir », un ouvrage paru en mai dans lequel ils retracent leur parcours et appellent à construire un avenir partagé. Tous deux ont été marqués par la violence du conflit : la famille de l’un a été décimée par des tirs de roquettes, celle de l’autre par une opération militaire.

Le livre s’ouvre sur le récit du 7 octobre 2023. Ce jour-là, les parents de Maoz Inon, Yakovi et Bilha Inon, âgés de 75 et 78 ans, sont tués dans leur village de Netiv HaAsara, situé à quelques centaines de mètres de la bande de Gaza, brûlés vifs par des militants du Hamas. Dans les jours suivants, Maoz Inon et ses frères et sœurs annoncent publiquement qu’ils ne réclament pas vengeance. « Nous ne voulions pas que la mort de nos parents serve de prétexte à une nouvelle guerre dont nous savions qu’elle nous mènerait au bord du chaos », écrit-il dans l’ouvrage.

Aziz Abu Sarah, lui, a perdu son frère Tayseer en 1989, pendant la première Intifada, après près d’un an de détention dans une prison israélienne. Arrêté pour avoir jeté des pierres sur des soldats, il meurt quelques mois après sa libération des suites de tortures subies en prison. Aziz Abu Sarah avait alors 10 ans. Aujourd’hui entrepreneur dans le tourisme, il avait rencontré Maoz Inon lors d’un événement professionnel. Au lendemain du 7 octobre, il lui envoie un court message sur Facebook : « Maoz, j’ai appris pour tes parents. Je suis terriblement désolé. » Maoz Inon raconte que ces mots ont été « une lueur dans le noir ». Cette perte partagée et une même vision de la réconciliation les rapprochent.

Des vies cloisonnées par la ségrégation

Tous deux décrivent une réalité de ségrégation presque totale entre leurs communautés. Maoz Inon raconte avoir grandi dans un kibboutz à un kilomètre et demi de Gaza et servi trois ans dans l’armée israélienne, sans jamais avoir eu un seul ami palestinien avant l’âge de 30 ans. « Je ne connaissais pas la différence entre l’Aïd al-Adha, l’Aïd el-Fitr ou le ramadan. Je me suis rendu compte que je vivais entre des murs, mentaux et physiques, faits d’ignorance », confie-t-il. Selon lui, l’ignorance engendre la peur, la peur mène à la haine, et la haine rend capables des pires atrocités.

Aziz Abu Sarah confirme ce constat. Ayant grandi à Jérusalem-Est, il n’allait jamais à Jérusalem-Ouest. Les seuls Israéliens qu’il croisait étaient des soldats ou des colons. Il souligne qu’au cours des trente dernières années, les occasions de rencontre entre Israéliens et Palestiniens se sont raréfiées. « Les Israéliens ont peur ne serait-ce que d’aller à Nazareth », observe-t-il. Lui-même avoue que sa perception a changé lorsqu’il a étudié l’hébreu dans un oulpan, une école intensive destinée aux immigrants en Israël. « C’est la première fois que j’ai rencontré un Israélien qui me traitait comme un être humain, un égal, et qui était capable d’entendre mon histoire », raconte-t-il.

Un pont par la rencontre et le tourisme

Pour surmonter ces barrières, les deux hommes misent sur la connaissance de l’autre. Maoz Inon a ouvert en 2005 la première maison d’hôtes dans la vieille ville de Nazareth, la plus grande ville palestinienne en Israël. Il affirme que la première étape pour un avenir commun est de connaître le récit de l’autre, de le regarder dans les yeux et d’écouter sa souffrance. Aziz Abu Sarah, pour sa part, insiste sur le fait que les deux peuples ont beaucoup de similitudes. Il rejette l’idée d’un affrontement tribal et affirme : « Maoz et moi avons plus en commun que moi et quelqu’un du Hamas, ou Maoz et quelqu’un comme Ben-Gvir. » Dans leur livre, les auteurs lancent également un appel : « Si vous tenez absolument à nous diviser, la seule fracture sépare ceux qui croient à la paix et à l’égalité et ceux qui n’y croient pas, ou pas encore. »

Leur démarche vise à embarquer l’opinion publique internationale dans un projet de réconciliation, loin de toute naïveté. Les deux hommes estiment que la paix n’est pas une utopie mais un avenir possible, à condition de briser les murs de l’ignorance et de la peur.