Le Dr Hussam Abu Safiya, figure médicale de la bande de Gaza arrêtée fin 2024 par les forces israéliennes, a été placé à l’isolement en prison de haute sécurité après plus de 500 jours de détention sans qu’aucune charge formelle n’ait été retenue contre lui. Son état de santé, marqué par une perte de poids importante, des douleurs non traitées et des lésions cutanées, suscite l’inquiétude de ses proches et d’organisations de défense des droits humains.

Un transfert sans explication vers l’isolement

Selon les informations recueillies par l’organisation Physicians for Human Rights Israel (PHRI), le praticien de 53 ans a été extrait de la prison de Ketziot pour être conduit au complexe pénitentiaire de Ganot, et plus précisément à l’établissement de Ramon. Il y est maintenu à l’isolement, sans qu’aucun motif officiel n’ait été communiqué. Son fils, Ilyas Abu Safiya, a décrit une cellule à peine assez grande pour s’asseoir, soulignant l’extrême précarité de ses conditions de détention.

Des signes de maltraitance constatés lors d’une audience

Le 10 juin 2026, le Dr Abu Safiya est apparu par liaison vidéo devant la Cour suprême israélienne à Jérusalem. Les images le montrent amaigri, le visage creusé et l’abdomen visiblement réduit. Son avocat, Nasser Abu Odeh, a rapporté que le médecin était menotté et entravé, et que la cour a refusé de retirer les entraves. « Il n’a pas reçu de traitement médical ni les médicaments nécessaires à sa maladie chronique. Il souffre de fortes douleurs au dos et au cou après une agression, et connaît des troubles de la vision depuis que ses lunettes lui ont été confisquées sans être restituées », a déclaré l’avocat. Des signes de maladie cutanée, fréquente parmi les prisonniers politiques palestiniens, ont également été observés sur ses mains.

Un appel à la libération depuis le tribunal

Lors de l’audience, le médecin a pris la parole par l’intermédiaire de son conseil : « Ma détention est injuste et arbitraire, et j’exige ma libération immédiate. Je suis un pédiatre qui prodigue des soins médicaux aux patients, aux blessés et aux personnes vulnérables de la bande de Gaza. » La Cour suprême a reporté sa décision sur le maintien en détention, qui devrait être rendue dans les jours suivants.

Une détention fondée sur un statut juridique contesté

Le Dr Abu Safiya a été arrêté le 27 décembre 2024 lors d’un raid de l’armée israélienne contre l’hôpital Kamal Adwan, dont il était le directeur. Il avait auparavant refusé de quitter l’établissement malgré les ordres de déplacement forcé, continuant à soigner ses patients. Il s’était fait connaître par des appels vidéo demandant la fin des attaques contre les structures médicales, et avait dû conduire le cortège funèbre de son fils Ibrahim, tué par une frappe de drone israélienne à l’entrée de l’hôpital.

Sa détention est régie par la loi israélienne de 2002 sur les « combattants illégaux », qui permet une incarcération indéterminée sans inculpation et retire aux détenus les protections prévues par les conventions de Genève. Plusieurs organisations, dont l’ONU, l’Organisation mondiale de la santé, le Comité international de la Croix-Rouge et de nombreuses ONG de défense des droits humains, ont réclamé sa libération immédiate. Dès mars 2026, des experts des Nations unies avaient exhorté Israël à le relâcher face à des signalements de « torture sévère ».

Un contexte de tensions persistantes

La révélation de la situation du Dr Abu Safiya intervient alors que les violences se poursuivent dans la bande de Gaza, en dépit d’un cessez-le-feu conclu en octobre 2025. Le 11 juin, un Palestinien a été tué par un tir d’artillerie israélien sur un immeuble résidentiel près du camp de Nuseirat, deux autres ont été blessés par un drone dans le quartier de Zeitoun, et une femme a été grièvement blessée par des tirs de drone à Beit Lahiya, selon l’agence de presse palestinienne Wafa. Le cas du médecin détenu symbolise, aux yeux de ses partisans, la répression des personnels de santé dans le conflit en cours.