Emmanuel Macron et Paul Kagame ont dévoilé mardi 2 juin un monument en hommage aux victimes du génocide des Tutsi, érigé sur les quais de Seine à Paris. L’œuvre, intitulée « Archive », se compose de deux blocs de laiton noir où est gravée une phrase évoquant les voix, les souvenirs et les espoirs des victimes et des survivants, selon les informations fournies par la présidence française. L’artiste portugaise Grada Kilomba a conçu cette double stèle comme un lieu de recueillement et de transmission de la mémoire du génocide entre les générations, a précisé l’exécutif.
La cérémonie, qui s’est déroulée en présence des deux chefs d’État, a également donné la parole au maire de Paris, Emmanuel Grégoire, ainsi qu’à une rescapée du génocide, Jeanne Uwimbabazi. Le musicien et écrivain franco-rwandais Gaël Faye a lu un poème de l’autrice Beata Umubyeyi Mairesse, elle-même rescapée. Un dîner officiel à l’Élysée a ensuite réuni les deux présidents.
Un geste mémoriel après des années de tensions
Cette inauguration constitue un nouveau pas dans le rapprochement entre Paris et Kigali, après la reconnaissance par Emmanuel Macron en 2021 des « responsabilités accablantes » de la France dans le génocide de 1994. Le président français avait alors suivi les conclusions d’une commission d’historiens qu’il avait lui-même mandatée, tout en écartant la notion de complicité et sans présenter d’excuses. Cette démarche avait permis de rétablir des relations diplomatiques longtemps marquées par la rupture entre 2006 et 2009.
Pour Vincent Duclert, qui a présidé cette commission d’historiens, le mémorial représente « une nouvelle étape aussi puissante qu’il y a cinq ans » et permet au génocide des Tutsi d’entrer pleinement dans l’histoire publique française. Il a souligné la force symbolique de l’emplacement du monument, à proximité du ministère des Affaires étrangères et de l’Élysée, « lieux de pouvoir qui ont témoigné de leur faillite » durant les massacres.
L’émotion des associations de victimes
Marcel Kabanda, président d’Ibuka France, la principale organisation de mémoire et de soutien aux rescapés, a exprimé sa satisfaction : « Nous attendons cela depuis plus de trente ans (...). C’est de l’oxygène, car la société civile a longtemps porté seule ce combat, et nous nous sentons enfin compris, accompagnés. » Il a salué le caractère visible et pérenne du monument, contrairement à un rapport « qu’on range dans une bibliothèque ».
Des avancées judiciaires et éducatives
Au-delà de l’inauguration, d’autres chantiers se poursuivent en France. Sur le plan judiciaire, la justice a demandé début mai la poursuite des investigations sur l’éventuelle implication d’Agathe Habyarimana, veuve de l’ancien président rwandais. Les procès de présumés génocidaires réfugiés en France se multiplient et les moyens d’enquête ont été renforcés depuis 2021. Vincent Duclert a jugé ces efforts « essentiels ». Le génocide des Tutsi figure également au programme des lycéens. Marcel Kabanda a toutefois appelé à la vigilance : « C’est un travail qui a démarré avec Emmanuel Macron et qui doit se poursuivre », a-t-il déclaré, ajoutant : « Mais il faut voir comment ça va se passer après lui. »