Un manuscrit inédit de Wolfgang Amadeus Mozart, longtemps oublié dans les archives de la Bibliothèque nationale de France (BnF), sera interprété pour la première fois en public ce dimanche, à l’occasion de la Fête de la musique. Conservé pendant des décennies parmi des documents anonymes, ce cahier de quarante-quatre pages contient à la fois des exercices pédagogiques et sept pièces pour harpe et flûte composées en 1778, alors que le musicien autrichien n’avait que 22 ans.

C’est François-Pierre Goy, conservateur au département de la musique de la BnF, qui a fait cette découverte en examinant une pile de manuscrits non identifiés qu’il souhaitait traiter avant son départ à la retraite. « Je n’aurais jamais imaginé ce que j’allais trouver », a-t-il confié. En observant les clés de sol « assez arrondies et légèrement inclinées vers l’avant » et des clés de fa tracées dans le sens inverse de l’usage français, il a eu l’intuition qu’il pouvait s’agir d’un autographe de Mozart. Une intuition confirmée par la comparaison avec d’autres œuvres manuscrites du compositeur, l’analyse du papier français utilisé et les timbres identiques à ceux figurant sur un exemplaire du « Concerto pour flûte et harpe » commandé par le duc de Guines.

Le manuscrit appartenait au duc de Guines, lui-même flûtiste réputé, et à sa fille Marie-Louise-Philippine de Bonnières, harpiste accomplie que Mozart avait pris comme élève lors de son séjour parisien. Le cahier compile une douzaine d’exercices journaliers donnés par le maître à son élève entre mai et juillet 1778, ainsi que sept morceaux pour flûte et harpe. « Pour les harpistes et les flûtistes, qui disposent d’un très faible répertoire, cette découverte est une merveilleuse surprise », a souligné Mathias Auclair, directeur du département de la musique de la BnF.

L’authentification a été réalisée en avril par Armin Brinzing, directeur de la fondation Mozarteum de Salzbourg, qui a confirmé qu’il s’agissait bien d’un manuscrit autographe de Mozart. Selon la BnF, le cahier faisait partie de deux lots de musique saisis au domicile du duc de Guines en 1794, pendant la Révolution française, et sont parvenus jusqu’à la bibliothèque nationale.

Le concert, programmé ce dimanche à la BnF, donnera à entendre pour la toute première fois ces œuvres oubliées. Gilles Pécout, président de la BnF, a estimé que ces feuillets inédits éclairent d’un jour nouveau le rôle de Mozart en tant que jeune professeur et documentent son dernier séjour à Paris en 1778, une période sur laquelle les sources sont rares.

« Pour un compositeur aussi célèbre, ce type de découverte est presque sans précédent », a commenté Mathias Auclair. Ces dernières années, plusieurs compositions de Mozart avaient déjà été redécouvertes : en 2012, une pièce pour piano écrite à l’âge de 11 ans avait été retrouvée dans un grenier autrichien.

La Fête de la musique, qui se tient chaque année le 21 juin, offrira ainsi un cadre symbolique à cette renaissance musicale. Le public pourra entendre des notes qui, pendant près de deux siècles et demi, étaient restées confinées aux pages d’un cahier oublié.