L’été s’annonce sans vacances pour une part importante de la population française. D’après un sondage réalisé par Ipsos pour le Secours populaire et dévoilé ce vendredi 13 juin, une famille sur quatre ne partira pas en congés cet été. L’étude, menée à l’occasion du 90ᵉ anniversaire de la loi de 1936 instituant les congés payés, pointe un accès aux vacances qui reste « hors de portée pour des millions de personnes », selon l’organisation caritative.
Les résultats de l’enquête, publiés en amont des départs estivaux, confirment une tendance durable : malgré la généralisation des congés payés depuis neuf décennies, les inégalités économiques continuent de priver une fraction significative de la population de temps de repos et de loisirs. Le Secours populaire, à travers cette publication, entend rappeler que le droit aux vacances, acquis historique du Front populaire, n’est pas encore effectif pour tous.
Une précarité qui fragilise le droit aux congés
Le sondage Ipsos met en lumière la corrélation directe entre niveau de revenus et capacité à partir. Les ménages les plus modestes sont les premiers concernés par ce renoncement, contraints par des contraintes budgétaires. L’enquête ne fournit pas de ventilation détaillée par catégorie socioprofessionnelle, mais le constat général est sans ambiguïté : le coût des transports, de l’hébergement et des activités reste un obstacle insurmontable pour une partie des Français.
L’étude intervient dans un contexte où le pouvoir d’achat est au cœur des préoccupations. L’inflation, bien que ralentie, a laissé des traces sur les budgets des ménages, et les vacances sont souvent la première variable d’ajustement. Pour le Secours populaire, cette situation n’est pas une fatalité : l’association appelle à renforcer les dispositifs de solidarité et d’aide au départ, comme les colonies de vacances ou les aides financières des comités d’entreprise.
Les 90 ans des congés payés, un anniversaire en demi-teinte
La date de publication de ce sondage n’est pas anodine. En juin 2026, la France commémore les 90 ans de la loi du 20 juin 1936, qui a instauré deux semaines de congés payés pour les travailleurs. Cet acquis social majeur, arraché après les grandes grèves du printemps 1936, a transformé les habitudes de vie et permis l’essor du tourisme populaire. Pourtant, neuf décennies plus tard, l’idéal d’un droit aux vacances pour tous reste inachevé.
Le Secours populaire, qui organise chaque année des départs pour des familles en difficulté via son opération « Vacances », insiste sur la nécessité de ne pas considérer les congés comme un luxe. Dans son communiqué, l’association souligne que les vacances jouent un rôle essentiel dans l’équilibre familial, l’éducation des enfants et la cohésion sociale.
Des disparités territoriales et sociales persistantes
Au-delà des chiffres globaux, l’enquête suggère que les inégalités géographiques se superposent aux inégalités de revenus. Les habitants des zones rurales ou des quartiers défavorisés, déjà moins bien dotés en infrastructures de loisirs, sont également ceux qui partent le moins. Le départ en vacances devient ainsi un marqueur de fracture sociale supplémentaire.
L’étude ne quantifie pas précisément le nombre de personnes concernées par le renoncement, mais le chiffre d’une famille sur quatre au niveau national donne une mesure de l’ampleur du phénomène. En extrapolant aux quelque 30 millions de foyers français, ce sont plusieurs millions de familles qui resteront chez elles cet été.
Un appel à l’action
Alors que la saison estivale débute, le Secours populaire espère que ces données interpelleront les pouvoirs publics et les acteurs économiques. L’organisation rappelle que des solutions existent : chèques-vacances, aides des collectivités locales, tarifs solidaires dans les transports, développement des dispositifs de départ accompagné pour les enfants. Mais leur déploiement reste insuffisant face aux besoins.
Pour l’association, le droit aux vacances ne doit pas être un privilège. Alors que les célébrations du 90ᵉ anniversaire des congés payés battent leur plein, le message porté par le Secours populaire est clair : l’esprit de 1936, qui voulait offrir à tous les travailleurs un temps de repos et de loisir, est encore à conquérir pour une partie de la population.