Un passionné d’astronomie a réussi un exploit technique : décoder le signal radio de la sonde chinoise Tianwen-2, actuellement en route vers l’astéroïde géocroiseur Kamo’oalewa. Daniel Estévez, radioamateur espagnol reconnu pour ses travaux sur les signaux de satellites et de sondes spatiales, a capté la télémétrie de l’engin grâce au radiotélescope de Dwingeloo, aux Pays-Bas.
Cette antenne historique, construite en 1956 par des radioastronomes néerlandais, était tombée en désuétude avant d’être remise en service par une association de bénévoles. Elle sert aujourd’hui à suivre des missions spatiales lointaines. Pour capter le signal de Tianwen-2, Estévez a utilisé des équipements grand public couplés au radiotélescope, démontrant que l’observation spatiale n’est plus réservée aux seules agences gouvernementales.
Un signal en bande X, plus simple à décoder que son prédécesseur
La sonde émet en bande X, une gamme de fréquences radio standard pour les engins interplanétaires, autour de 8428,19 MHz — une fréquence quasi identique à celle de Tianwen-1, la précédente mission chinoise vers Mars. Là où la différence devient notable, c’est dans l’encodage du signal. Tianwen-1 utilisait un code Reed-Solomon (un système classique de correction d’erreurs, indispensable pour transmettre des données sur des centaines de millions de kilomètres) avec une astuce de trame qui obligeait à ignorer certains octets. Tianwen-2 emploie un encodage concaténé dont la longueur de trame a été mieux conçue, permettant aux mots de code Reed-Solomon de s’insérer parfaitement, sans bidouillage. Ce détail simplifie considérablement le travail des radioamateurs souhaitant suivre la mission depuis leur domicile.
Une mission double vers un astéroïde et une comète
Tianwen-2 a été lancée le 28 mai 2025. Son objectif principal est de prélever un échantillon de l’astéroïde Kamo’oalewa et de le ramener sur Terre, à l’instar de la mission japonaise Hayabusa2 sur l’astéroïde Ryugu en 2020. Mais la sonde chinoise vise plus loin : après avoir visité Kamo’oalewa, elle doit poursuivre sa route vers la comète 311P/PANSTARRS pour une étude rapprochée. Cette mission double, si elle réussit, marquera une étape importante pour le programme spatial chinois, qui multiplie les opérations ambitieuses ces dernières années. La sonde devrait atteindre Kamo’oalewa en juin 2026.
Un décodage documenté et partagé publiquement
Daniel Estévez a documenté son travail en détail sur son blog, fournissant les paramètres exacts du signal, les outils utilisés — essentiellement GNU Radio, un framework open-source de traitement du signal — et les difficultés rencontrées. Pour les passionnés d’astronomie et de radio, ces informations constituent une ressource précieuse. Pour le grand public, cet exploit illustre comment des citoyens équipés de moyens modestes peuvent désormais suivre en temps réel les missions spatiales les plus avancées.
Si l’opération chinoise aboutit, elle renforcera la position de Pékin dans l’exploration du Système solaire. Mais dès à présent, le décodage de son signal par un radioamateur indépendant montre que la frontière entre sciences professionnelles et amateurs s’amenuise, au bénéfice de la connaissance partagée.