Cinq habitants du comté de Box Elder, dans l'Utah, se sont associés à l'organisation Alliance for a Better Utah pour déposer une plainte contre le projet controversé de campus de centres de données Stratos, soutenu par la célébrité de la téléréalité et investisseur Kevin O'Leary, connu pour sa participation à l'émission Shark Tank. Le recours, déposé devant une juridiction locale, conteste la constitutionnalité de l'autorité spéciale mise en place par l'État, la military installation development authority (Mida), qui supervise l'approbation du projet.

Des droits citoyens « irrévocablement » entravés

Selon la plainte, le processus décisionnel via Mida prive les citoyens de leur droit constitutionnel à une participation publique adéquate. Les plaignants estiment que ce mécanisme, créé pour accélérer les projets d'infrastructure liés à la défense, est utilisé de manière abusive pour un campus de centres de données privé, sans permettre aux résidents de faire valoir leurs objections. Le texte du recours affirme que la procédure « ferme irrévocablement » tout canal de contestation démocratique, en limitant les audiences publiques et les recours possibles.

Une empreinte réduite, des inquiétudes persistantes

Kevin O'Leary a accepté de réduire l'empreinte physique du projet ces dernières semaines, mais les opposants maintiennent que les préoccupations sanitaires et environnementales demeurent. Les riverains redoutent notamment les nuisances sonores, la consommation massive d'eau pour le refroidissement des serveurs et les émissions électromagnétiques liées au fonctionnement des infrastructures de calcul intensif dédiées à l'intelligence artificielle. L'Alliance for a Better Utah souligne que le projet, même réduit, pourrait avoir des conséquences néfastes sur la qualité de vie des communautés proches.

Un conflit entre développement économique et droits locaux

Le campus Stratos, présenté comme l'un des plus grands centres de données pour l'IA aux États-Unis, est défendu par ses promoteurs comme un moteur de création d'emplois et d'investissements pour la région. Toutefois, cette dynamique économique se heurte à la volonté des habitants de voir leurs préoccupations prises en compte. L'action en justice vise à obtenir une déclaration d'inconstitutionnalité de la loi ayant créé Mida, ou à tout le moins une suspension des travaux jusqu'à ce qu'une consultation publique transparente soit organisée.

Un précédent juridique en devenir

Cette affaire pourrait faire jurisprudence sur l'utilisation des dispositifs d'exception prévus pour les installations militaires afin de contourner les procédures locales d'urbanisme dans le cadre de projets privés. Les avocats des plaignants affirment que la Mida a outrepassé son domaine de compétence en approuvant un projet sans lien direct avec la défense nationale. De son côté, le bureau du gouverneur de l'Utah, qui a soutenu le projet, n'a pas encore réagi officiellement au dépôt de la plainte. Les audiences préliminaires sont attendues dans les prochains mois.