Jusqu'au 28 juin, le palais de Bellevue, résidence officielle du président fédéral allemand, accueille une exposition d'art contemporain intitulée « Freiraum Kunst » (l'art comme espace de liberté). Organisée par l'Académie des arts de Berlin sous le patronage de Frank-Walter Steinmeier, l'événement se tient dans un lieu presque vidé de ses meubles, en amont d'une fermeture de huit ans pour rénovation. Le chef de l'État, qui achève son second et dernier mandat l'an prochain, ne devrait pas réintégrer les lieux avant la fin des travaux et s'installera dans une résidence provisoire près de la gare centrale de Berlin.
Parmi les œuvres qui retiennent l'attention figure « Eva », une sculpture en bronze vert d'Alexandra Bircken. Moulée à partir du torse d'une poupée gonflable japonaise, elle est placée dans une pose suggestive. L'œuvre a suscité des réactions sur les réseaux sociaux et alimenté les conversations sur la place de l'intime dans l'espace public.
Liberté artistique et critique démocratique
L'exposition rassemble vidéos, installations sonores, photographies et peintures à l'huile. Elle vise à provoquer une réflexion sur la démocratie, la représentation, le pouvoir et la vie publique. La liberté de l'art, garantie par la Loi fondamentale allemande, est l'un des droits fondamentaux les plus protégés du pays.
En amont de l'ouverture, le président Steinmeier a déclaré : « Nous avons besoin de l'art. Une démocratie sans art libre perd sa capacité d'autocritique, et un art sans liberté perd sa pertinence sociale. »
Dès l'entrée, une immense installation de Christian Awe sur le toit du palais affiche le mot « Freiraum ». Dans le hall, un enregistrement répète inlassablement « Hallo ». Il s'agit de la performance « Rufen bis zur Erschöpfung » (Appeler jusqu'à l'épuisement) de Jochen Gerz, réalisée en 1972. L'artiste avait crié des salutations dans le vide jusqu'à perdre la voix. L'œuvre peut être interprétée comme une critique de la quête d'attention dans l'ère des réseaux sociaux et de l'épuisement citoyen face à des appels non entendus.
Une présidente imaginaire et un président miniature
À l'entrée, une peinture du street-artiste El Bocho intitulée « Die Bundespräsidentin » (La Présidente fédérale) imagine une femme à la tête de l'État. Dans la salle des discours politiques, l'artiste Karin Sander a installé une sculpture miniature de Steinmeier, haute de 36 centimètres, posée sur un piédestal.
L'événement, qui se déroule du 13 au 28 juin, peut être vu comme un adieu au palais de Bellevue pour le président sortant. La bâtisse, qui a accueilli des décennies de cérémonies officielles, s'apprête à entamer une longue phase de travaux.