Près d'un an après la publication d'un rapport très attendu sur l'avenir économique de l'Union européenne, un bilan en demi-teinte s'impose. Une analyse détaillée de l'Institut Montaigne, un laboratoire d'idées, indique qu'environ un tiers des 567 recommandations formulées par l'ancien président de la Banque centrale européenne ont été traduites en actes juridiques. Ce rythme correspond, selon l'étude, aux échéances initialement fixées.

Un tableau contrasté

Si ce chiffre peut paraître encourageant, il masque des disparités importantes. L'Institut Montaigne souligne que les mesures les plus simples à mettre en œuvre ont été privilégiées. En revanche, les « grandes réformes » – celles qui touchent aux structures mêmes de l'économie européenne, comme la politique industrielle, l'énergie ou la défense – n'ont été mises en œuvre qu'à hauteur de 3 %. Ce constat rejoint l'avertissement de l'auteur du rapport qui, dès la remise de ses conclusions en septembre 2024, avait prévenu que le plus difficile restait à accomplir.

Un contexte politique tendu

Cette avancée limitée intervient dans un environnement international marqué par des tensions commerciales accrues et une compétition économique exacerbée. Les auteurs de l'étude notent que l'Union européenne parvient à maintenir un cap sur les sujets techniques et réglementaires, mais que la volonté politique défaille dès lors qu'il s'agit d'engager des chantiers de fond. La question du financement des investissements nécessaires – estimés à plusieurs centaines de milliards d'euros par an – demeure un point de blocage récurrent entre les États membres.

Les secteurs en retard

Parmi les domaines où les progrès sont jugés insuffisants figurent la réduction des dépendances stratégiques, la transition énergétique et la consolidation du marché unique des services. L'étude pointe également un manque d'avancées sur la simplification administrative et la réduction des charges pesant sur les entreprises, deux leviers pourtant essentiels pour restaurer la compétitivité du bloc.

Un calendrier serré

L'Institut Montaigne rappelle que le rapport Draghi fixait un horizon de transformation à dix ans. À un an de distance, la mise en œuvre des réformes les plus ambitientes est encore embryonnaire. Si la dynamique législative a bien été enclenchée sur certains dossiers, les experts estiment que l'essentiel du chemin reste à parcourir pour que l'Europe parvienne à combler son retard face aux États-Unis et à la Chine.