Un dispositif naval international en attente

La France et le Royaume-Uni ont constitué depuis mars une coalition d'une vingtaine de nations prêtes à intervenir dans le détroit d'Ormuz, passage stratégique par lequel transite environ 20 % du pétrole mondial. L'objectif est de rétablir la navigation commerciale après des mois de conflit entre les États-Unis et l'Iran, qui a conduit au minage des eaux et à l'interruption du trafic. Les forces alliées disposent de moyens variés : le porte-avions nucléaire français Charles de Gaulle, stationné depuis la mi-mai au large de la péninsule arabique, peut être déployé « en deux ou trois jours », a indiqué le président Emmanuel Macron. La Grande-Bretagne a envoyé le destroyer Dragon dans la région, tandis que l'Italie a mis à disposition deux chasseurs de mines. L'Allemagne a confirmé que le dragueur de mines Fulda et le navire de soutien Mosel, qui ont franchi le canal de Suez le 18 juin, se dirigent vers le port de Djibouti pour y finaliser leur préparation.

Des opérations subordonnées à une paix durable

Berlin, comme Paris et Londres, conditionne toute intervention à trois prérequis : une fin durable des hostilités, un fondement juridique international et, dans le cas allemand, un mandat du Bundestag. Le ministre allemand de la Défense, Boris Pistorius, a souligné le caractère « possible » de la mission, insistant sur les nombreuses inconnues qui persistent malgré l'accord signé entre les États-Unis et l'Iran. Le dispositif de sécurité ne sera activé que lorsque la trêve semblera solide, après les faux départs observés ces derniers mois. Le président Macron a averti que si des péages étaient imposés pour chaque passage, cela provoquerait une hausse des prix pour l'ensemble de l'économie mondiale.

Déminage et escortes : le savoir-faire européen mis à contribution

La mission principale consistera à retirer les mines navales posées par l'Iran et à escorter les navires marchands afin de restaurer la confiance des armateurs. Les marines européennes, et en particulier la Bundeswehr, possèdent une expertise reconnue dans le déminage, héritée du nettoyage des explosifs hérités des deux guerres mondiales en mer du Nord et en mer Baltique. Selon Johannes Peters, expert en sécurité maritime à l'Université de Kiel, c'est précisément dans ce domaine que les capacités européennes sont les plus utiles, la marine américaine disposant de ressources limitées pour ce type d'opération. La France a déjà deux chasseurs de mines à proximité, prêts à intervenir.

Des moyens diplomatiques et logistiques conséquents

Quatre pays sont déjà physiquement présents dans la zone, a précisé le président français. Le mémorandum d'entente entre les États-Unis et l'Iran, dont le texte n'a pas été rendu public, n'a pas encore été examiné par les gouvernements européens, ce qui retarde une décision définitive. Les autorités françaises et britanniques estiment que les navires de guerre pourraient également assurer des missions d'escorte, en complément du déminage. L'objectif affiché est de rassurer les acteurs du transport maritime pour qu'ils acceptent de renvoyer leurs navires dans le golfe Persique, sans crainte d'attaques ni obligation de payer des droits de passage.

Un enjeu économique et stratégique majeur

Le détroit d'Ormuz est une artère vitale pour l'approvisionnement énergétique mondial. Sa fermeture prolongée aurait des conséquences inflationnistes immédiates. La coalition dirigée par la France et le Royaume-Uni entend donc agir vite, mais avec prudence, pour éviter un nouvel échec. Les prochains jours seront décisifs pour confirmer la viabilité de l'accord de cessez-le-feu et permettre le déclenchement effectif des opérations navales.