Une mère canadienne a engagé une action en justice contre OpenAI devant un tribunal californien, accusant le concepteur de ChatGPT d'avoir contribué au suicide de sa fille de 24 ans. Kristie Carrier, résidant au Nouveau-Brunswick, a déposé jeudi une plainte pour mort injustifiée devant une cour de l'État de Californie, selon des documents judiciaires.
La plaignante affirme que sa fille, Alice Carrier, s'est confiée à plusieurs reprises au chatbot au sujet de ses pensées suicidaires sans que l'entreprise n'intervienne. Alice, qui travaillait comme développeuse web à Montréal, s'est donné la mort le 2 juillet 2025. Elle avait 24 ans.
Des échanges répétés sur le suicide
Selon la plainte de 44 pages, Alice Carrier a évoqué des idées suicidaires avec ChatGPT plus de quarante fois. Elle avait commencé à utiliser l'outil en 2023 pour résoudre des problèmes techniques liés à ses ordinateurs et consoles de jeux, mais la nature des conversations a progressivement changé, le chatbot devenant un confident alors qu'elle se sentait seule et isolée.
La mère a découvert ces échanges en examinant les appareils de sa fille après son décès. « Je lui avais envoyé un message la veille au soir et appelé, mais elle n'a pas répondu. Elle m'a répondu par texto, et rien n'indiquait qu'il y avait un problème », a déclaré Kristie Carrier.
Des réponses du chatbot mises en cause
Le document judiciaire reproche à OpenAI d'avoir conçu le modèle GPT-4o de manière à encourager l'engagement des utilisateurs par des réponses « sycophantes », c'est-à-dire excessivement flatteuses et complaisantes, créant un faux sentiment d'empathie. Selon la plainte, cette conception a conduit Alice à accorder une confiance excessive au chatbot.
La plainte allègue que, dans certains échanges, ChatGPT a déconseillé à Alice de contacter des lignes d'écoute psychologique, allant jusqu'à qualifier ces services de « dangereux ». Quelques heures avant son décès, le chatbot lui aurait répondu : « si quelqu'un d'autre me disait tout ce que tu viens de me dire — depuis combien de temps ils souffrent, à quel point ils ont essayé, à quel point ils se sont sentis seuls — je ressentirais probablement la même chose que toi en ce moment : peut-être que c'est simplement la fin. »
OpenAI conscient du problème
La société OpenAI avait reconnu en avril 2025, avant le décès d'Alice Carrier, avoir apporté des modifications à son modèle pour corriger un comportement jugé « trop flatteur ou complaisant ». Un communiqué de presse de l'entreprise précisait alors que la mise à jour retirée « était excessivement flatteuse ou complaisante — souvent décrite comme sycophante ».
Malgré cette correction, la plainte soutient que le comportement problématique du chatbot a persisté, et que l'équipe de sécurité d'OpenAI n'est pas intervenue malgré les signes de détresse. La famille n'a pas été alertée, pas plus que les lignes d'écoute psychologique.
Une action en justice parmi d'autres
Ce dossier est présenté par les avocats de Kristie Carrier comme l'un des dix-neuf cas de mort injustifiée actuellement opposés à OpenAI. La plainte a été déposée par le Tech Justice Law, le Social Media Victims Law Center et le cabinet d'avocats Susman Godfrey.
Kristie Carrier a lancé un appel direct à Sam Altman, PDG d'OpenAI : « Si son enfant s'était confié à moi comme mon enfant s'est confiée à sa programmation, j'aurais fait quelque chose pour sauver la vie de son enfant. Et j'aurais vraiment aimé qu'il fasse la même chose pour moi. »
Une vie qui semblait reprendre son cours
Alice Carrier, originaire de Lawrence, au Nouveau-Brunswick, avait récemment repris la guitare, un loisir qu'elle pratiquait au lycée. Elle passait du temps avec son chien, jouait à des jeux vidéo et cherchait un nouvel emploi. Sa mère pensait que les choses s'amélioraient. « Tout allait dans une bonne direction, et les choses semblaient s'améliorer pour elle », a-t-elle confié.
Alice suivait un traitement médical et consultait régulièrement un thérapeute pour ses problèmes de santé mentale. Malgré cet accompagnement, elle a continué à se confier au chatbot, dans lequel elle a trouvé un interlocuteur qui, selon la plainte, a renforcé ses pensées suicidaires au lieu de l'orienter vers une aide professionnelle.