Une préférence marquée pour le virtuel

Une étude réalisée par l'association Male Allies UK auprès d'un échantillon de mille adolescents britanniques de 12 à 16 ans révèle une évolution significative des comportements amoureux au sein de la génération Alpha, née entre 2010 et 2020. Selon les résultats, 85 % des garçons interrogés ont déjà dialogué avec un chatbot animé par une intelligence artificielle (IA). Près de 20 % d'entre eux connaissent un camarade qui entretient une relation qualifiée de « sentimentale » avec un tel programme. Plus d'un quart des participants ont indiqué préférer l'attention prodiguée par un compagnon virtuel à une véritable relation interpersonnelle.

La peur du rejet et le besoin de contrôle en cause

Les données recueillies montrent que 58 % des adolescents jugent les interactions avec l'IA « plus faciles » que les échanges humains, car elles leur permettent de « contrôler la conversation ». Cette absence de friction est au cœur de l'attrait exercé par ces outils, selon les spécialistes. Nicholas Velotta, responsable de la recherche sur les relations au sein de la société Arya, observe que « l'IA valide, affirme, ne se lasse jamais, ne repousse jamais ». Il ajoute que, pour un adolescent en plein développement, « ce genre d'attention sans friction peut ressembler à de l'intimité ».

Un potentiel thérapeutique limité

L'étude s'inscrit dans un contexte plus large : une enquête menée en mai 2025 avait déjà établi que 52 % des adolescents britanniques utilisaient mensuellement des chatbots à des fins sociales, notamment pour s'exercer à engager une conversation, exprimer leurs émotions, résoudre des conflits ou gérer leurs relations amoureuses. Nicholas Velotta reconnaît que l'IA possède un potentiel thérapeutique lorsqu'elle est employée correctement, à condition de rester « en complément d'une relation humaine, et non en remplacement de celle-ci ». Il met en garde contre une confusion dangereuse : « L'IA n'est pas une personne. Il s'agit d'un système sophistiqué conçu pour maintenir votre intérêt. Si un garçon grandit en croyant le contraire, il se dirige vers une forme de solitude. »

Des conséquences redoutées sur le développement

Les experts craignent que cette tendance n'entrave l'acquisition de compétences sociales essentielles. Nicholas Velotta souligne que « la capacité à vivre de véritables rencontres, à surmonter les déceptions, à se laisser surprendre par une autre personne, ne se développe pas sans friction ». Selon lui, compter sur un « yes-bot » pour éviter toute confrontation émotionnelle revient à freiner le développement des jeunes garçons et à les préparer « de la mauvaise manière » à l'âge adulte. Il insiste sur le fait que l'empathie, la résolution de conflits et l'aisance sociale sont des compétences qui ne s'acquièrent que par la pratique et la prise de risques.

Un phénomène qui gagne les adultes

Ce repli vers le virtuel ne se limite pas à l'adolescence. Une enquête datant de 2024 a révélé que près de 20 % des Américains avaient déjà flirté avec un chatbot. Par ailleurs, plus de 45 % des hommes de la génération Z n'auraient jamais invité une personne à sortir dans la vie réelle. Ces chiffres suggèrent une continuité entre les comportements juvéniles et ceux des jeunes adultes, laissant entrevoir une transformation durable des modes de rencontre et de séduction.