Une annonce fracassante, une réalité moins secrète

Mercredi matin, depuis le Bureau ovale, le président Donald Trump a fait une déclaration qui se voulait lourde de révélations. « Je peux le dire maintenant. Quelque chose que vous ne saviez pas », a-t-il lancé à des journalistes, affirmant que les États-Unis avaient « sorti des millions de barils de pétrole » sans que l'Iran en ait eu connaissance jusqu'à cet instant précis. Il a précisé que « l'autre nuit », 22 navires avaient été déplacés « tard dans la nuit, sans lumières, parce qu'ils n'ont pas de radar, parce que nous avons bombardé le truc ».

Pourtant, cette annonce spectaculaire semble correspondre à une opération bien moins inédite que ce que le président a laissé entendre. Selon un haut responsable militaire américain ayant requis l'anonymat, M. Trump faisait référence à un effort américain visant à guider des navires commerciaux à travers le détroit d'Ormuz. Si cette initiative implique des mesures de discrétion — les bâtiments escortés par l'armée américaine éteignent leurs transpondeurs pour éviter d'être repérés lors de la traversée de cette voie maritime stratégique — elle ne constitue pas une nouveauté pour Téhéran.

Une opération déjà évoquée

La manœuvre avait en effet fait l'objet d'un article publié fin mai, détaillant comment le Commandement central des États-Unis avait déjà escorté environ 70 navires marchands à travers le détroit. Un responsable militaire a indiqué que le nombre de bâtiments ainsi guidés dépasse désormais les 200 en un peu plus d'un mois. Avant le conflit, le trafic dans cette zone était d'environ 3 000 navires par mois.

Les responsables américains n'ont pas précisé la nature exacte des navires transitant clandestinement ni les itinéraires empruntés, mais une source a indiqué qu'au moins une route ne passait pas à proximité des côtes iraniennes. Les navires s'approchant des eaux iraniennes sans autorisation de Téhéran s'exposent à des attaques quasi certaines par drones ou missiles. Selon des analystes du transport maritime, les traversées supervisées par les États-Unis semblent emprunter un chemin plus proche d'Oman.

Des chiffres contestés

Dans la foulée de ses déclarations, le président a affirmé sur les réseaux sociaux que cette « mission secrète », qu'il aurait autorisée le mois précédent, avait permis de mettre plus de 100 millions de barils de pétrole sur le marché. Cette information n'a pas pu être vérifiée de manière indépendante.

Un contexte de guerre erratique

Cette affaire survient dans un climat de tensions extrêmes entre Washington et Téhéran. Depuis un cessez-le-feu déclaré deux mois plus tôt, les hostilités ont diminué sans cesser complètement. Les forces américaines et iraniennes ont échangé des attaques sporadiques et publié des affirmations contradictoires sur les responsabilités, les combats et les pourparlers de paix.

Le secrétaire général des Nations unies, António Guterres, a décrit mercredi la situation comme « davantage une trêve de moindre intensité », en raison de l'escalade des attaques et des discours des dernières 48 heures.

L'armée américaine a indiqué mardi avoir frappé plusieurs cibles iraniennes dans le sud de l'Iran en représailles à la destruction d'un hélicoptère américain Apache près du détroit d'Ormuz lundi. Téhéran n'a ni confirmé ni démenti avoir abattu l'appareil, mais le Corps des gardiens de la révolution islamique a qualifié les frappes américaines de « prétextes fallacieux ».

La télévision d'État iranienne a rapporté qu'une des attaques américaines avait touché des installations d'eau potable dans le district de Bamani, dans la province méridionale de Hormozgan, privant des milliers de personnes d'accès à l'eau. Les services auraient été rétablis en 12 heures. Le Commandement central américain n'a pas répondu aux demandes de commentaire sur ce point.

En riposte, l'Iran a annoncé avoir lancé des drones d'attaque contre des cibles navales américaines à Bahreïn et tiré des missiles vers des installations militaires américaines en Jordanie, des tirs qui auraient été interceptés selon les autorités locales.

Nouvelles tentatives de médiation

Une délégation de responsables qataris s'est rendue en Iran mercredi pour discuter des efforts de négociation, a indiqué une source régionale ayant requis l'anonymat. Le Qatar, aux côtés du Pakistan, joue un rôle de médiateur clé entre Téhéran et Washington dans les efforts diplomatiques pour mettre fin à la guerre.

Impact économique

Par ailleurs, l'impasse du conflit se répercute sur l'économie américaine. Les prix à la consommation ont augmenté de 4,2 % en mai par rapport à l'année précédente, le rythme d'inflation le plus élevé depuis avril 2023. Les cours du pétrole ont également bondi mercredi.