Une accusation qui prend de l’ampleur
Une idée gagne du terrain parmi les élites de la Silicon Valley : la Chine serait à l’origine d’une partie de l’opposition locale à l’implantation de centres de données sur le sol américain. Propagée lors de conférences et de podcasts influents, cette thèse est désormais reprise par des acteurs politiques de premier plan, sans que des éléments factuels solides ne viennent étayer les allégations.
Le mois dernier, lors d’un événement intitulé « Harnessing American Power » (Maîtriser la puissance américaine), le secrétaire à l’Intérieur Doug Burgum a exprimé sa perplexité face à ce qu’il perçoit comme une vague soudaine de résistances locales. Selon lui, ces contestations ne seraient pas spontanées. « Ce n’est pas organique et local, une partie de cela provient d’argent opaque en provenance de l’étranger », a-t-il déclaré devant l’assistance.
Des investisseurs montent au créneau
Dans le même registre, le podcast All-In, animé par un groupe de multimillionnaires de la tech, a consacré des échanges à cette théorie. Le gestionnaire de fonds Gavin Baker a ainsi lancé : « Il commence à sembler qu’il pourrait y avoir une campagne financée par le Parti communiste chinois. » Les hôtes de l’émission, qui se présentent comme des « besties » (meilleurs amis), ont relayé ces soupçons sans apporter de démonstration concrète.
L’administration fédérale s’inquiète de voir ces projets d’infrastructures numériques, jugés essentiels pour la souveraineté technologique américaine, bloqués par des citoyens qui mettent en avant des préoccupations environnementales ou urbanistiques. Pour certains investisseurs, ces revendications locales seraient en réalité instrumentalisées par des intérêts étrangers.
Un manque de preuves directes
Malgré l’assurance des accusateurs, aucune preuve documentée d’un financement chinois des groupes d’opposition n’a été produite. Aucun lien direct n’a pu être établi entre les manifestants et des entités liées à Pékin. Les experts en sécurité nationale, interrogés en marge de ces déclarations, rappellent que l’influence chinoise aux États-Unis est un sujet sérieux, mais qu’elle doit être démontrée par des faits précis et non par des suspicions.
Les opposants aux data centers, de leur côté, affirment agir de manière indépendante, souvent pour protéger des ressources en eau, des terres agricoles ou le caractère résidentiel de leurs quartiers. La multiplication des projets de très grande ampleur attise les craintes locales, sans qu’il soit nécessaire d’invoquer une ingérence étrangère.
Un climat de méfiance
La diffusion de cette théorie intervient dans un contexte de tensions géopolitiques croissantes entre Washington et Pékin. Le secteur technologique, en particulier celui des infrastructures liées à l’intelligence artificielle et au cloud, est devenu un champ de bataille stratégique. Certains acteurs redoutent que la Chine cherche à freiner le déploiement de capacités américaines en finançant discrètement des recours juridiques ou des campagnes de sensibilisation.
Pour l’heure, aucune enquête officielle n’a été ouverte sur ce sujet spécifique. Le débat reste confiné aux cercles de la tech et à quelques déclarations gouvernementales, mais il illustre la nervosité croissante autour de la souveraineté numérique et de la résistance locale aux méga-projets.