La banque italienne UniCredit a franchi une étape décisive dans son offensive sur Commerzbank en annonçant avoir sécurisé 47,6 % des actions de l’établissement allemand, selon des informations rendues publiques mercredi. Cette participation, proche de la moitié du capital, place l’italien en position de force pour engager un rapprochement, voire une absorption complète de la deuxième banque allemande.
L’opération se heurte toutefois à une opposition frontale de Berlin. Le gouvernement fédéral allemand détient encore 12 % du capital de Commerzbank, héritage d’un sauvetage public intervenu lors de la crise financière de 2008-2009. Des responsables politiques ont déjà qualifié la manœuvre d’UniCredit de « tentative de prise de contrôle hostile », et le ministère des Finances examine les options juridiques et réglementaires pour la contrer.
Des modalités financières non dévoilées
UniCredit n’a pas précisé le montant total déboursé pour cette acquisition ni le prix unitaire payé par action. Les analystes estiment que la banque milanaise a profité de la faiblesse du titre Commerzbank en Bourse pour accumuler discrètement des parts via des dérivés et des achats sur le marché, avant de révéler sa position. La participation déclarée inclut à la fois des actions directes et des instruments financiers à effet de levier.
Une stratégie paneuropéenne
Pour UniCredit, dirigée par son administrateur délégué Andrea Orcel, cette opération s’inscrit dans une stratégie de consolidation transfrontalière en Europe, où les fusions bancaires restent rares en raison des obstacles politiques et réglementaires. La banque italienne, déjà présente en Allemagne via sa filiale HVB, voit dans Commerzbank un moyen de renforcer sa position sur le marché germanique et de réaliser d’importantes synergies de coûts.
Réactions politiques et syndicales
À Berlin, la classe politique est partagée. Certains élus redoutent des suppressions d’emplois et une perte de souveraineté financière, tandis que d’autres estiment que l’État devrait céder ses parts pour éviter un conflit diplomatique avec Rome. Les syndicats allemands ont exprimé leur inquiétude face à un possible démantelement du réseau d’agences et à une réduction des effectifs.
Le gouvernement italien, de son côté, suit le dossier avec attention mais n’est pas intervenu officiellement. Rome et Berlin entretiennent des relations économiques étroites, et une escalade pourrait affecter d’autres dossiers bilatéraux.
Quelles suites possibles ?
Avec près de 48 % du capital, UniCredit pourrait lancer une offre publique d’achat obligatoire sur le reste du capital si la réglementation allemande l’exige, ou bien chercher à obtenir des sièges au conseil de surveillance pour imposer sa stratégie. La Banque centrale européenne, en tant que superviseur unique, devra également se prononcer sur l’opération.
Pour l’instant, Commerzbank n’a pas officiellement commenté l’évolution de son actionnariat, mais ses dirigeants auraient exprimé en privé leur préférence pour une solution impliquant un partenaire allemand. Le feuilleton de ce rapprochement bancaire, suivi de près par les marchés, pourrait durer plusieurs mois.