Un tournant dans les négociations
Le vice-président des États-Unis, JD Vance, a annoncé lundi que l'Iran avait accepté de rouvrir ses installations aux inspecteurs de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), marquant une évolution significative dans le dossier nucléaire iranien. Cette déclaration intervient à l'issue du premier cycle de discussions directes entre les délégations américaine et iranienne, qui s'est tenu dans la station suisse de Bürgenstock.
Dans la foulée, le département du Trésor américain a indiqué suspendre temporairement les sanctions visant le pétrole iranien, autorisant Téhéran à produire, vendre et livrer du pétrole brut et des produits dérivés jusqu'au 21 août. Le secrétaire au Trésor, Scott Bessent, a justifié cette mesure par l'engagement de l'Iran à garantir « un transit libre et ouvert » dans le détroit d'Ormuz, ainsi que par l'autorisation donnée aux inspecteurs de l'AIEA de pénétrer sur le territoire iranien.
Des désaccords persistent sur la portée de l'accord
Si JD Vance a salué une « étape majeure pour le peuple américain » et le « premier pas vers la fin définitive d'un programme d'armes nucléaires en Iran », le ministère iranien des Affaires étrangères a nuancé ces propos, affirmant n'avoir pris aucun nouvel engagement. Téhéran a par ailleurs démenti que ses responsables aient eu des discussions avec Rafael Grossi, le directeur général de l'AIEA, pourtant présent à Bürgenstock pour rencontrer le ministre suisse des Affaires étrangères.
Le porte-parole de la diplomatie iranienne, Esmaeil Baqaei, a simplement évoqué « une très brève discussion au sujet du dossier nucléaire », sans plus de précisions. L'AIEA elle-même n'a pas commenté les déclarations de M. Vance.
Le mémorandum d'entente et le calendrier
Les deux parties ont signé la semaine dernière un mémorandum d'entente de 14 points, qui jette les bases des négociations. Ce document, paraphé par le président américain Donald Trump et son homologue iranien Massoud Pezechkian, mentionne explicitement l'AIEA et l'objectif de traiter le stock de matières nucléaires enrichies de l'Iran. Les médiateurs — le Qatar et le Pakistan — ont indiqué dans un communiqué commun que les États-Unis et l'Iran s'étaient engagés à suivre une « feuille de route pour parvenir à un accord final dans les 60 jours ».
JD Vance a estimé que les pourparlers avaient posé « de très bonnes bases pour un accord final réussi », tout en reconnaissant que « la maison n'est pas encore construite ». Il a précisé que le retour des inspecteurs pourrait débuter « au minimum cette semaine », et que les discussions avec l'AIEA pourraient même avoir lieu « dès aujourd'hui ».
Un contexte de tensions et de guerre
Ces avancées surviennent après près de quarante jours de combats entre les deux pays, suivis d'un cessez-le-feu fragile. Depuis juin 2025, l'Iran bloquait l'accès des inspecteurs de l'AIEA à ses installations, à la suite de bombardements menés par Israël et les États-Unis contre plusieurs sites nucléaires iraniens lors d'une guerre de douze jours. L'AIEA avait alors retiré ses derniers inspecteurs du pays.
Le sort du stock d'uranium hautement enrichi de l'Iran reste incertain : Téhéran affirme que ce matériel a été détruit ou enterré lors des bombardements, mais des analystes mettent en garde contre la possibilité que l'Iran ait cherché à développer secrètement une arme nucléaire depuis ces attaques. Téhéran a toujours nié toute volonté d'armement nucléaire, affirmant que son programme est exclusivement civil.
Les autres volets des négociations
Au-delà du nucléaire, les discussions ont porté sur la réouverture du détroit d'Ormuz et la mise en place de mécanismes de « désescalade » pour le cessez-le-feu régional, notamment au Liban. Les médiateurs ont annoncé la création d'une « ligne de communication » pour éviter les incidents en mer, ainsi que d'une « cellule de désescalade » entre les États-Unis, l'Iran et le Liban, destinée à mettre fin aux opérations militaires dans ce pays.
Le ministre iranien des Affaires étrangères, Seyed Abbas Araghchi, a estimé que le « premier vrai test » serait la mise en œuvre de cette cellule de désescalade au Liban. L'accord préliminaire prévoit également l'arrêt des combats sur tous les fronts, mais des frappes israéliennes ont encore tué au moins 67 personnes au Liban, tandis que des attaques du Hezbollah ont coûté la vie à cinq soldats israéliens.
Des précédents et des défis
En 2015, l'Iran et six grandes puissances (États-Unis, Chine, France, Russie, Allemagne et Royaume-Uni) avaient conclu un accord nucléaire, le Plan d'action global commun (JCPOA), qui limitait les activités nucléaires iraniennes et permettait à l'AIEA d'inspecter tous les sites. En 2018, lors de son premier mandat, Donald Trump avait retiré les États-Unis de cet accord, le jugeant « mauvais » car non permanent et ne couvrant pas le programme de missiles balistiques de l'Iran.
Les émissaires iraniens ont quitté la Suisse lundi, mais les discussions techniques entre les parties doivent se poursuivre. La communauté internationale reste prudente : si le retour des inspecteurs de l'AIEA constitue une avancée tangible, les divergences sur le fond et les conditions de sécurité persistent, et la route vers un accord final s'annonce encore longue.