Une enchère largement boudée
L’appel d’offres pour l’exploration pétrolière dans le Arctic National Wildlife Refuge (ANWR), en Alaska, s’est clos le 5 juin sur un résultat modeste. Seules neuf propositions ont été déposées, couvrant à peine 10 % des quelque 689 000 acres proposés à la location. Le montant total des offres s’élève à environ 3,7 millions de dollars – une somme infime au regard des promesses de retombées colossantes avancées par les partisans du projet.
Un acteur public en tête
Près de la moitié des sommes engagées provient de l’Alaska Industrial Development and Export Authority (AIDEA), une agence de développement économique publique de l’État. Cette entité a obtenu trois des cinq parcelles louées, pour un total d’environ 1,5 million de dollars. Les deux autres blocs ont été attribués à Hex L.L.C., une société pétrolière locale. Aucun des grands groupes internationaux du secteur n’a participé à l’enchère.
Promesses présidentielles et réalité du marché
Le président Donald Trump avait fait de l’exploitation des hydrocarbures dans cette réserve un thème de campagne lors de l’élection de 2024. Il qualifiait le pétrole du refuge d’« or liquide » – expression qu’il employait pour évoquer un gisement qu’il estimait « aussi grand que celui de l’Arabie saoudite » – et promettait qu’il ferait baisser le prix de l’essence et des produits alimentaires. Les républicains favorables à l’ouverture de la zone évoquaient une manne « de plusieurs milliards de dollars ».
Ces prédictions sont démenties par les faits. L’administration Biden avait déjà suspendu puis annulé les quelques baux accordés lors d’une vente organisée sous le premier mandat de M. Trump, qui avait également suscité peu d’intérêt. Mais, compte tenu de la flambée des cours du pétrole liée au conflit en Iran et des encouragements officiels à forer, plusieurs analystes tablaient sur une participation plus forte.
« Nous sommes en plein milieu d’une pénurie d’approvisionnement massive, et si jamais il y avait un moment pour passer outre les risques politiques et de réputation, c’est maintenant », a commenté Kevin Book, directeur général de la société d’études ClearView Energy Partners.
Réactions politiques
Les responsables fédéraux ont salué le résultat. Kevin J. Pendergast, directeur du bureau de l’Alaska au Bureau of Land Management (BLM), a estimé que « l’intérêt était solide ». Le directeur national du BLM, Steve Pearce, a pour sa part évoqué un « vif intérêt de l’industrie ».
À l’opposé, les principaux démocrates des commissions environnementales du Congrès, le sénateur Edward J. Markey (Massachusetts) et le représentant Jared Huffman (Californie), ont qualifié l’enchère de « honte pour l’administration Trump ». Dans une déclaration conjointe, ils ont dénoncé un « sacrifice et une vente à bas prix des terres publiques américaines pour des cacahuètes ».
Les sénatrices républicaines d’Alaska Lisa Murkowski et Dan Sullivan n’ont pas répondu aux sollicitations.
Des obstacles économiques et juridiques
D’après Kevin Book, l’absence des grandes compagnies s’explique par les défis logistiques que représente l’exploitation sur un territoire aussi isolé, mais aussi par la crainte qu’une future administration ne vienne à nouveau annuler les baux. Le refuge, qui s’étend sur environ 19 millions d’acres sur le versant nord de l’Alaska, abrite une faune exceptionnelle : caribous, ours polaires, bœufs musqués et des millions d’oiseaux migrateurs. Il est également considéré comme une terre sacrée par le peuple autochtone Gwich’in, qui appelle cette zone « le lieu sacré où la vie commence ».
Selon l’U.S. Geologic Survey, les réserves récupérables du refuge pourraient atteindre 11,8 milliards de barils de pétrole, une estimation que de nombreux experts jugent fondée sur des données obsolètes. L’AIDEA détient déjà des baux dans la réserve, mais aucun forage n’y est actuellement en activité.
Mobilisation environnementale et autochtone
Les associations de défense de l’environnement ont immédiatement réagi. Bobby McEnaney, directeur de la conservation foncière au Natural Resources Defense Council (NRDC), a souligné que « le gouvernement a dépensé de l’argent public pour organiser une vente aux enchères à laquelle aucune grande entreprise ne s’est présentée, ce qui en dit long sur la réalité économique du projet ».
Les communautés autochtones sont quant à elles divisées. Le Gwich’in Steering Committee, qui combat le développement pétrolier dans la région depuis des décennies, affirme que le forage menace les hardes de caribous de la Porcupine, vitales pour la subsistance de ces peuples depuis des millénaires. Leurs représentants ont annoncé leur intention de « continuer à lutter contre le programme de location de l’administration Trump, et de travailler avec nos amis et alliés pour protéger » cette zone.