Un data center à partir de téléphones usagés

Et si votre vieux smartphone, oublié au fond d’un tiroir, pouvait retrouver une seconde vie en tant que serveur informatique ? C’est la question à laquelle ont tenté de répondre des chercheurs de l’université de Californie à San Diego (UC San Diego), en collaboration avec Google. Leurs travaux, récemment rendus publics, montrent qu’il est possible d’assembler des grappes de calcul à partir de cartes mères de smartphones Pixel retirées de la circulation, avec des performances surprenantes face à des serveurs professionnels.

Le constat de départ est celui d’un immense gâchis. Le WEEE Forum estime à 5,3 milliards le nombre de téléphones mobiles jetés chaque année dans le monde, dont seulement 22 % empruntent la voie du recyclage. Or, une partie non négligeable de ces appareils conserve une puissance de calcul intacte. L’idée est donc de récupérer cette capacité plutôt que de la laisser se perdre.

Des cartes mères de Pixel montées en rack

Concrètement, le procédé consiste à extraire la carte mère de chaque Pixel usagé, puis à la monter dans un rack, après avoir retiré l’écran, la batterie au lithium, les caméras et la coque. Le tout est ensuite piloté comme un nœud standard, sous Linux et Kubernetes, ce qui permet de l’intégrer à une infrastructure de cloud.

Les premiers résultats sont éloquents. Selon les chercheurs, un Pixel de trois ans tient tête à un serveur professionnel ASUS RS720A-E11 sur les tests single-core. Une grappe de 20 cartes mères de Pixel a ainsi supporté sans encombre le pic de soumissions de devoirs d’une classe de plus de 75 étudiants, avec une latence inférieure à celle d’un cloud commercial tel qu’AWS.

Un déploiement à grande échelle prévu

Forts de ces résultats, l’université prévoit de passer à l’échelle supérieure. Dès cet automne, une grappe d’environ 2 000 cartes mères de Pixel devrait être mise en service pour absorber une centaine de cours d’informatique simultanément.

L’intérêt écologique est au cœur du projet. Près de la moitié des émissions de carbone d’un smartphone provient de sa fabrication. Réutiliser des appareils en fin de vie évite donc ce « carbone gris », au lieu de fabriquer du silicium neuf pour de nouveaux serveurs. Les chercheurs soulignent également que cette approche s’inscrit dans une logique d’économie circulaire.

Un concept qui pourrait faire des émules

Au-delà de l’expérience, ce concept interroge sur la façon dont l’industrie pourrait repenser le cycle de vie des appareils électroniques. La recherche a été publiée sur le blog de recherche de Google, ce qui laisse entrevoir un intérêt potentiel du géant américain pour ce type de solution.

Si le projet en est encore à un stade expérimental, il ouvre la voie à une réflexion plus large sur la mutualisation des ressources de calcul à partir de matériel récupéré. Reste à savoir si cette approche pourra séduire d’autres acteurs, à la fois pour ses avantages économiques et environnementaux.